mercredi 13 décembre 2017

HISTOIRE DE VILLAGE - Dépôts de plaintes


  
Etre maire d’un village, pas aisé !
Car mis à part la paperasse à tenir, les chiffres à équilibrer, les célébrations à présider, il faut accueillir les dépôts de plaintes et essayer de les régler  à l’amiable, sans prendre partie, bien évidemment. Dans un conflit, il faut que chaque partie pense avoir « gagné » au détriment de l’autre !
Quel boulot !

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Il était environ neuf heures du soir, en ce début de juin 1814, lorsque Marie Victoire Madeleine Morice, femme de Germain L’Ecot se présenta à la mairie de Marbeuf. Quel choc pour le maire, en la voyant maculée de sang ! Elle en avait tant sur les cheveux que ceux-ci en étaient tout collés, et puis ses vêtements en été également couverts.
Monsieur le maire fit asseoir la pauvre femme qui tremblait de tous ses membres, autant de rage que de douleur, et qui était prête à défaillir.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? s’inquiéta-t-il alors.
-         -  C’est l’ père ! j’ viens déposer une plainte. C’est l’ père ! Il m’a frappée !

Sous l’emprise d’une forte émotion la plaignante hoquetait et manquait de souffle.

« Mais pourquoi t’a-t-il frappée ? s’enquit le maire qui connaissait bien la plaignante.
-          Si j’ savais ! ça l’a pris comme ça.
-     -  Tu sais bien qu’il n’a pas toute sa tête, le pauvre homme. Faut pas porter plainte. Cela va vous amener devant la justice. Et puis, ça va entraîner des frais.
-          - J’porte plainte. J’ veux réparation, comme on dit ! ça oui, alors !
-        -  Alors, raconte-moi comment ça s’est passé. Y a-t-il eu des témoins ?
-          - Pour sûr ! Joseph et Eloi, les cousins.

Un peu en retrait, Eloi et Joseph Collet affirmèrent avoir assisté à la scène. Ils étaient bien les cousins de la femme L’Ecot, leur mère étant la sœur de son père, l’agresseur contre lequel une plainte allait être déposée.
Le maire trempa sa plume dans un encrier et commença, sous la dictée des faits exposés par Marie  Victoire Madeleine Morice, à écrire le récit de l’agression, en commençant par la déclinaison de l’identité de la plaignante, à savoir :

Marie Victoire Madeleine Morice, fille de Placide Morice et Marie Le Roy, née et domiciliée à Marbeuf, épouse de Germain François L’Ecot et exerçant la profession de fileuse.

« Venons-en aux faits, à présent, demanda le maire. Et voici ce qu’il apprit :

Marie Victoire Madeleine prenait le frais sur le pas de sa porte, après une journée bien remplie. Joseph Collet revenant des champs s’arrêta, un instant, histoire de souffler, histoire de faire un brin de causette.
« C’est à ce moment, expliqua Marie Victoire Madeleine que mon père s’approcha de nous. J’y prêtais pas attention, le vieux i’ fait souvent son p’tit tour par chez nous. Mais, c’ soir, j’ sais point pourquoi, il m’a frappée. Alors, ben sûr, je m’ suis mise à crier. Vous pouvez l’ voir, dans quel était i’ m’a mis’. »

En effet, la pauvre femme avait les cheveux collés par le sang qui avait coulé sur ses vêtements. De plus, elle avait un teint plutôt verdâtre, signe qu’elle n’allait pas bien, mais pas bien du tout ! Pensez donc, prendre des coups sur la tête ça n’arrange pas la santé !

Pendant le récit de sa cousine, Joseph Collet avait hoché la tête, confirmation muette des dires énoncés. Il prit alors la parole :
« Comme la Victoire vi’nt de l’dire, on parlait d’vant sa maison, sur le chemin. Le Placide est venu près d’ nous et pis il a frappé plusieurs fois sa fille sur la tête. Il criait qu’il voulait la tuer ! Je m’ suis précipité pour l’arrêter, mais c’est qu’il a encore d’ la force le vieux Placide. Nom de d’là !
-         - Vous savez pourquoi il voulait tuer sa fille ? demanda le maire. Il s’était passé un autre évènement qui aurait pu déclencher celui-là ?

Ce fut à ce moment qu’intervint Eloi Collet, le second cousin.
« J’étais avec mon frère pendant qu’il parlait avec la cousine. J’ai vu le vieux Placide s’approcher d’eux en marmonnant. Il s’est avancé vers sa fille en lui demandant  si elle avait enfin tué sa mère. Victoire lui a répondu qu’elle n’avait rien fait à sa mère, puis elle a repris sa conversation avec le frère. C’est là qu’ le Placide il a commencé à la frapper à la tête. Joseph a essayé d’arrêter le vieux, mais il avait du mal, j’ suis v’nu l’aider. Victoire était couverte de sang, ça lui coulait sur l’ visage !
-         - Quelle affaire ! pensa la maire. Puis, s’adressant à la plaignante, il essaya d’arranger les choses. « Bon, alors cette plainte ? On laisse tomber, Victoire ? Tu ne vas pas traîner ton père devant les tribunaux, tout de même ? »

Mais, la femme L’Ecot restait sur ses positions. Facile à dire tout cela, hein, mais qui est-ce qui avait eu le crâne fracassé ? Pas le maire, avec tous ses conseils, mais bien elle !
Et puis, quelle migraine elle avait, à présent ! Sûr qu’elle va être malade ! Et qui va payer le médecin ?
En boucle que ça tournait dans sa tête, cette rancœur, au point que la douleur en était décuplée. 

-=-=-=-=-=-=-=-

Le soir venu, l’agression et le dépôt de plainte se trouvèrent au centre des conversations, au foyer des époux L’Ecot.

« J’ va l’trainer devant la justice, répétaient à n’en plus finir Marie Victoire Madeleine.
-         -  Et comment tu vas aller à la ville, d’vant le juge ? rétorqua son mari,

Marie Victoire Madeleine n’avait pas pensé à cela, mais souhaitant avoir le dernier mot, elle lança :
« J’ trouv’rai ben quelqu’un pour m’y emmener, un jour de marché.
-          - Et si tu dois rester plusieurs jours, on sait jamais ?

Alors là la femme n’y avait nullement réfléchi. Prendre une chambre à la ville pour y dormir. Jamais elle n’avait imaginé le faire, et puis, cela allait coûter !
«  J’ me débrouillerai ben, lança-t-elle, comme un défit à la face de son époux.
-          - Et les frais de justice, t’ y a pensé ?
-        -  Quels frais, puisque j’va gagner !
-          - Même si tu gagnes, y a des frais ! Et d’ailleurs, le juge, i’ dira qu’ c’est ton père et qu’une fille ça doit pas envoyer son père à la justice. Et puis, vu son âge au père, le juge i’ dira qu’ il a plus toute sa tête. T’auras pas gain d’ cause !
-          - Et les coups, hein ? Qui les a pris, les coups ?
-        -  Laisse, t’auras à payer, j te dis ! Et pis, c’est ton père. On fait pas un procès à son père !
-       -   Et pourquoi donc ?  C’est pas la justice ça ! Tu vas voir, si on fait pas un procès à son père. On va voir ! Moi, j’ te l’ dis !

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Toute la nuit, Marie Victoire Madeleine tourna et retourna la situation dans sa tête déjà terriblement douloureuse, ce qui n’arrangea rien.

Elle se voyait partir à la ville, revêtue de ses plus beaux habits, ceux réservés aux jours de fêtes, pour faire bonne impression. 
Elle se voyait intimidée devant un juge sévère. Jaugée, jugée, par celui-ci.
Elle se voyait attaquée la nuit, pendant son sommeil, dans l’auberge qu’elle avait choisie pour son séjour.
Elle se voyait dépouillée par des frais de justice exorbitants.
Si bien qu’au réveil, chancelante après un sommeil agité,  elle ne savait plus où elle en était.

Ce qu’elle savait toutefois, Marie Victoire Madeleine, c’était que depuis son mariage avec Germain L’Ecot, le 2 octobre 1797, ils avaient vécu une vie de labeur. Bien sûr, ils avaient mis un peu de côté, oh très peu, mais suffisamment pour voir venir. Alors, pourquoi risquer de tout perdre ?

Alors, attrapant un châle qu’elle jeta sur ses épaules, elle se rendit à la mairie et retira sa plainte.


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Les fileuses et tisserands, travaillant à domicile dans les campagnes, furent les premiers touchés par la construction de manufactures, immenses bâtiments regroupant en un seul lieu tous les métiers de la fabrication du drap.
Voilà sans doute la raison pour laquelle  quelques mois plus tard, le couple L’Ecot/Morice alla vivre à Elbeuf où ils trouvèrent à loger dans la rue des trois corneilles.
Elbeuf possédant de nombreuses filatures et usines de tissage, l’un et l’autre n’eurent pas de mal à trouver de l’embauche. Un changement de vie radical, car ils quittaient le calme de la campagne pour le bruit et l’agitation de la ville.
Beaucoup d’ouvriers, tout comme eux, pensaient, ainsi, gagner plus et vivre plus heureux..... Mais, ce n’était qu’un leurre !
Ce fut ainsi que Germain L’Ecot exerça comme teinturier et Marie Victoire Madeleine comme mécanicienne.

Marie Victoire Madeleine Morice, femme L’Ecot décéda à l’hospice général de Rouen, le 29 juin 1820.
Germain décéda quatre années plus tard, à l’hospice d’Elbeuf, le 21 juin 1824.





Les registres de délibérations du Conseil municipal sont riches
de tous ces faits divers qui montrent avec exactitude la vie au quotidien.
Il suffit après de « fouiller un peu », pour faire plus ample connaissance

avec les protagonistes malgré eux des tranches de vie relatées.

Vous arrive-t-il de boire un cappuccino ?


  
Cappuccino, café au lait mousseux.....

Je savais que ce mot était d’origine italienne, remontant au XIVème siècle, mais il ne désignait pas, à cette époque, « un café », mais «celui qui portait un capuchon ».
Ce même mot, en raison du « capuchon porté », nommait celui qui était ainsi vêtu, un capucin, et dont l’orthographe en 1542 était « capussin ».
Capucin donnait au féminin, capucine. Logique !

Ensuite, au XVème siècle, ce mot « capucin » fut attribué aux religieux de l’Ordre des Franciscains, en raison de leur vêtement à grand capuchon dont ils se revêtaient.
Les capucins et les capucines étaient donc des religieux. Ils étaient aussi très rebutés pour leur dévotion naïve d’où cette expression « à la capucine » que l’on pouvait traduire par : « Avec une dévotion excessive ».

Allons un peu en avant avec les mots découlant de « capucin ».
·         Une capucinade (1724) est un sermon moralisateur.
·         Une capucinière (1762) est le lieu où séjournent des capucins.

Nous voilà bien loin de ce breuvage caféiné, le cappuccino !
Ce cappuccino qui entra dans la consommation et le langage courant des Français à partir de 1937, sans doute par allusion à la couleur marron beige de la robe des capucins, mais plus certainement en raison de la mousse formant une coiffe, un capuchon, sur le dessus.

Alors, laissons divaguer notre imagination ......
Un capucin, dans le jardin d’une capucinière aux plates-bandes de capucines, boit un cappuccino en réfléchissant au thème de sa prochaine capucinade, tout en regardant les capucines effectuer une ronde en chantant : « dansons la capucine ..... ».

Que de capucines !
Une danse cette fois...... qui se termine par « you !!!!!! », en s’abaissant.
Le nom donnait à cette danse est un peu obscur.
Etait-ce en raison des robes faites de lourds tissus qui formaient comme une capuche,  lors du mouvement final ?

Et puis, cette fleur à la couleur vive dont la forme évoque une capuche !

Mais que tout cela ne vous empêche pas de déguster un petit cappuccino dans votre fauteuil devant un feu de bois ou encore bien encapuchonner à la terrasse d’un café !!!

  Pour cette petite histoire autour d’un mot,
Je me suis aidée du

« Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert.

mercredi 6 décembre 2017

Connaissez-vous, un Eustache ?




Depuis toujours, le couteau a une grande importance.
Donné aux garçons uniquement, à l’âge du « certif », il ne devait pas les quitter jusqu’à la fin de leur vie, bien rangé au fond de la poche de leur pantalon.
C’était l’ustensile indispensable !

Ce fut, d’ailleurs, le premier outil conçut par l’homme, en silex taillé, tout d’abord, puis en fer......
Cet instrument qui permit de couper les aliments pour manger, de tailler les plumes d’oie pour écrire.......

Qu’aurait fait le petit berger, surveillant d’un œil son troupeau, s’il n’avait  eu, comme compagnon, son couteau ! Il n’aurait pu, en tout cas fabriquer des sifflets avec des roseaux ou sculpter des formes diverses dans des morceaux de bois.
Sans son couteau, d’ailleurs, il ne se serrait jamais couper !!!

Jusqu’au milieu du XXème siècle, dans les campagnes, lorsque le « maître de maison » fermait son couteau et le rangeait, chacun devait quitter la table et reprendre l’ouvrage.

Des couteaux, il y en a de toutes sortes.
·         Le canif, le plus petit.
·         Le couteau scout, multi-lames, multifonctions.
·         Le couteau suisse, très cher, surtout si on l’achète en Suisse.....
·         Le couteau à cran d’arrêt, utilisé par les malfrats.
·         L’opinel, avec son manche en bois.
·         Et pour la ménagère, l’épluche-légumes, appelé aussi « économe » !
·         Le couteau à huîtres
·         Et les divers couteaux du boucher pour effiler, désosser........
·         Que sais-je encore !

Il y en a sûrement une multitude d’autres, mais n’étant pas une experte en la matière, ma science s’arrête là !

Mais, connaissez-vous l’eustache ?
Non ?

Bah oui !  Etant donné l’exposé ci-dessus, vous en avez déduit, bien évidemment, que l’eustache est également un couteau.

Ce couteau date d’avant la Révolution Française, car il fit son apparition sur le marché en 1782.
C’était un couteau rudimentaire pouvant se replier grâce à un clou consolidé par une virole appelée mantelet, ce qui permettait de le mettre dans une poche. Il avait aussi l’avantage d’être vendu très bon marché.

Mais pourquoi Eustache ?
Tout simplement parce que son inventeur se prénommait Eustache ; Eustache Dubois né dans une famille de plusieurs générations de couteliers à Saint-Etienne.

Son couteau eut un tel succès que même après la cessation de sa fabrication, tous les couteaux pliables continuèrent à être appelés « Eustache ».


Si, par quelque hasard, vous découvrez, dans un vieil atelier, abritant plus d’araignées et de poussières que d’outils, caché, derrière un établi vermoulu, un vieux couteau tout rouillé.....
Ne le jetez pas, c’est peut-être un eustache.

Pour cette petite histoire autour d’un mot,
Je me suis aidée du
« Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert



HISTOIRE DE VILLAGE - Histoire d’eau !



Ce furent des hurlements qui tirèrent Michel François Julien Berrier de son ouvrage. Il se précipita hors de la grange où il travaillait et regarda alentour.
Un petit attroupement s’était déjà formé à quelques mètres de l’endroit où il se trouvait, non loin de la mare lui appartenant et dont il mettait l’eau à disposition de ses proches voisins.

« Faut ben s’entraider ! », disait-il souvent.

Un brave homme, le sieur Berrier !

Arrivant à la mare, il fut interpellé par une voisine qui lui dit :
« C’est la Félicie, votre femme ! Elle est dans l’eau ! Faut la r’pécher !

N’écoutant que son courage, il sauta dans l’eau stagnante et ramena une femme gesticulant, vociférant et crachant.
Dans un sacré état qu’elle était la Félicie !
Cheveux en bataille, ruisselante de partout.

Sur la berge, droite et fière, l’air arrogant, Marie Clotilde Arsène Dupuis, femme Delarue, lança avant de s’en retourner, portant un seau bien rempli de l’eau tirée de la mare :
« Ça lui apprendra, à celle-là ! Charogne, va ! »


Devant l’âtre dont Michel François Julien  avait activé les braises et sur lesquelles il avait ajouté une bûche, Félicie, sur une chaise, grelottait et claquait des dents.
Une voisine charitable la frictionnait avec de l’alcool pour « activer le sang ».

« C’est qu’elle va m’attraper la mort ! » se lamentait le pauvre mari.

Il était vrai qu’un bain forcé en janvier n’était pas des plus recommandés, d’autant plus que ce début d’année 1843 n’étant pas des plus chauds !

« Sûr qu’elle va m’attraper la mort ! poursuivait Michel François Julien, toujours occupé autour du feu pour qu’il produise une bonne chaleur.
Car, à bien la regarder, Félicie, tremblotante de partout, tournait quelque peu au bleu violacé !

Sûr qu’elle allait attraper la mort après un pareil bain !

Frictionnant de plus belle la rescapée, la voisine, rouge écarlate et suant à grosse gouttes, elle, lança :
« Une furie la Clothilde ! Mais qu’est-ce qui lui a pris, sacré nom ! »
-          C’est donc qu’ la femme est pas tombée toute seule dans la mare ?
-          Que non alors ! J’ai tout vu d’là où j’étais. Vot’ dame, elle puisait d’ l’eau quand la Clothilde est arrivée. Et c’est là que l’ ton il est monté.
-          Et pourquoi donc ?
-          Ça j’ pourrait pas l’dire ! Ce que j’ sais, c’est qu’ la Clothilde, elle a poussé vot’ dame, qu’est tombée. Puis, elle l’a tiré par les ch’veux. Et plouf ! Dans l’eau !
-          C’est qu’elle va m’attraper du mal, à c’t’ heure ! répétait encore le mari.
-          I’ faudrait la coucher, bien au chaud ! préconisa la voisine.
-          Oui, c’est sûr ! Et l’ouvrage ? Qui va l’ faire, l’ouvrage ?
-          Bah ! Il attendra, pardi !
-          Oui, mais tout d’ même !
-          Faudrait p’ êt’ appeler l’docteur ?
-          L’ docteur ?
-          Bah, si elle est prise de fièvre....

A ce moment, comme s’éveillant d’une longue hibernation, Félicie, qui jusqu’à présent était restée silencieuse, déclara d’une petite voix :
« Non ! Pas le docteur ! Ça va coûter ! Et pis l’ouvrage, j’ vas l’faire....
-          Non ! déclara fermement Michel François Julien, toi, tu vas t’ coucher et moi, bah, j’ vas aller voir le maire et porter plainte. Et puis, à partir de c’ jour la Clothilde, elle va puiser son eau ailleurs qu’ici ! Moi, j’ te l’ dis !

-=-=-=-=-=-=-


Voilà pourquoi, en ce 15 janvier 1843, sept jours après le terrible évènement, Michel François Julien Berrier se trouvait en mairie, devant Jean Baptiste Dubos, adjoint, afin de déposer plainte contre Marie Clothilde  Désirée Dupuis, épouse de Armand Théodore Delarue, se plaignant de la violence de cette dernière envers son épouse qui, de ce fait, avait attrapé un mal de poitrine, voire plus, et qui se trouvait toujours clouée au lit, concluant son exposé par :
« Et pendant ce temps, bah, l’ouvrage i’ s’ fait point ! ».

Aucune suite à ce « crêpage de chignon » dont vous ne connaitrez pas, tout comme moi, les raisons.
La fatigue, sans doute.
Le froid, certainement, qui rendait les tâches journalières encore plus difficiles.
Imaginez-vous aller en plein hiver puiser de l’eau dans une mare !

J’ai essayé de savoir si ce bain hivernal avait eu des conséquences mortelles.
A mon grand soulagement, il n’en fut rien.

Ce fut Michel François Julien Berrier qui partit le premier, en plein été, le 6 août 1849.
Né le 24 brumaire an 9, il avait, comme noté sur son acte de décès, quarante-huit ans et neuf mois.

Quant à Judique Félicité, nommée Félicie dans la plainte, elle se remaria le 16 septembre 1868, avec un certain Louis François Dubos.
Elle décéda le 29 février 1880, à l’âge de soixante-dix-sept ans et onze mois.
Née le 7 pluviose an 10, elle était la fille de Pierre Louis Selle et de Marie Catherine Delamare.

Delamare !!

N’était-elle pas, par le nom de jeune fille de sa mère, prédestinée à ce plongeon ?


Saint-Aubin-d’Ecrosville.  Janvier 1843.
Au fil des lectures du registre des délibérations municipales.....
Une mine de renseignements sur la vie politique du village,
mais aussi sur les « faits d’hiver » !!!! 


   

lundi 4 décembre 2017

Une étrange maladie

Une étrange maladie


Il naquit un jour d’orage et de pluies diluviennes, dans une toute petite case d’un village de savane.
Les enfants aussitôt leur venue au monde poussent toujours des cris, de satisfaction ou de mécontentement, qui le sait en réalité !
Mais, lui, resta silencieux, les yeux grands ouverts, d’une étrange fixité. Il semblait attendre….. Mais attendre quoi ?
Tous s’étaient penchés au-dessus de lui, interloqués, inquiets de ne pas l’entendre se manifester.
Quand soudain, le nourrisson, le visage grimaçant commença à se tortiller, et …….. sortit de sa gorge un son en deux temps, sorte de gargouillis, qui souleva son thorax et se poursuivit, régulier, comme le rythme des tamtams.

« Mais il a le hoquet ! s’écria sa maman qui, aussitôt, s’empara du bébé pour essayer d’arrêter ce  désagréable trouble. Mais, rien n’y fit. Le nouveau-né hoquetait même en tétant.

Lorsqu’un petit venait au monde, dans la vaste Afrique, son prénom lui était attribué par le sorcier du village qui réfléchissait parfois plusieurs jours avant de prendre une décision. Il s’agissait de ne pas se tromper. Un prénom se portait toute une vie et devait symboliser le caractère de celui qui le porterait.

Le sorcier, pourtant, ce jour-là, après avoir examiné le beau petit garçon, potelé à souhait, n’eut aucune hésitation. Ecoutant attentivement les sons que produisait le petit corps, bruit continu et régulier, il ne trouva qu’un seul prénom. 
« Il s’appellera Zouglou ! déclara-t-il solennellement.
-          Zouglou ! s’exclamèrent en chœur les parents. Mais, ce prénom ne risque-t-il pas d’attirer encore plus la curiosité des autres sur le mal dont il est atteint ?

Mais le sorcier fut intraitable. Comment osait-on contester sa parole qui était sacrée ?

« N’y-a-t-il pas un remède contre ce hoquet ? demanda timidement la maman.
-          Je connais ce phénomène, déclara le sorcier toujours solennel, mais il est vrai que celui-ci ne durait jamais bien longtemps. Il faut donc attendre, en grandissant, peut-être……..

Les parents s’en retournèrent donc avec leur petit Zouglou qui zougloutait sur un rythme monotone et régulier, mais hélas perpétuel.


Attendre, il fallait attendre ! Mais combien de temps encore ?
Le zougloutage du bébé, n’avait pas l’air d’empêcher le petit Zouglou de dormir, par contre, ses parents ne pouvaient fermer l’œil de la nuit, et cela nuit après nuit.
Vous imaginez, le zouglou de Zouglou résonnait encore plus fort, dans le silence nocturne !
Alors, même avec beaucoup de patience, cela devenait agaçant.

Mais il n’y avait pas que cela. Comment voulez-vous que Zouglou puisse apprendre à parler ?
Lorsqu’il prononça ses premiers mots, ceux-ci étaient entrecoupés par l’horrible bruit.
Prenons un exemple :
Un enfant non atteint de  ce mal disait : « Maman, je veux jouer. »
Pour Zouglou, cela donnait : « Ma – zou - man – glou – je – zou – veux -  glou – jou – zou  - er – glou. »

La moindre petite phrase prenait un temps infini, et comme personne ne comprenait le petit garçon, on lui faisait répéter !!!
Insupportable !

Il fallait faire quelque chose et rapidement !

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Il y avait à l’hôpital de la grande ville un médecin, spécialiste fort réputé. Assurément, il aurait une solution.
Maman emmena donc son petit Zouglou zougloutant qui zouglouta tout au long du chemin.

Pour une fois, ce « Zou – glou » eut un effet bénéfique, car il rythma la marche de maman qui fit le parcours deux fois plus vite.

Dans l’escalier du grand hôpital, le zouglou du bambin prit une résonnance telle que les malades patientant dans la salle d’attente prirent peur et s’enfuirent, pensant qu’une bête de la brousse s’était introduite dans l’hôpital. Le grand spécialiste, lui-même, prit ses jambes à son cou……
N’allaient-ils pas, tous, se faire dévorer ?

La maman et le petit Zouglou revinrent tous deux au village, maman sanglotant et Zouglou zougloutant, sans plus d’espoir qu’à l’aller.
En chemin, le soleil tapait très fort. A l’ombre des branches d’un baobab, la maman s’assit afin de prendre un peu de repos.
Elle était désespérée ! Aussi se remit-elle à sangloter.

Zouglou, lui, poursuivait, imperturbable, son zougloutage qui lui était naturel.

Ce fut à ce moment, que la pauvre mère sentit un léger souffle. Un souffle chaud, mais qui la fit frissonner.

Etrange !

Le souffle se fit de plus en plus fort, de plus en plus chaud et faisait de plus en plus frissonner la jeune mère qui, frigorifiée, finit par grelotter
Grelotter de froid sous un soleil de plomb !
Etrange, certes, mais surtout inquiétant, très inquiétant. Non ?

La maladie de Zouglou n’était-elle pas contagieuse ? Aussi, la jeune femme pensa qu’elle avait de la fièvre et s’attendit à être prise de zougloutage.

Soudain, le baobab agita ses branches. Quelques feuilles tombèrent.
Une voix s’éleva douce, tendre, tel un murmure, un murmure apaisant.

« Ne pleure pas ! disait la voix. Ne pleure pas ! Ton petit guérira, mais il te faut encore un peu de patience...... »

Interdite, la maman pensa que son imagination lui jouait des tours, à moins que ce ne fut la faim qui commençait à la tenailler ou es oreilles qui sifflaient...... ou encore, la fièvre qui la faisait délirer.

Mais la voix reprit :

« Ne pleure pas ! Ne pleure pas ! Ton petit guérira, mais il te faut encore un peu de patience...... »

Alors, dominant sa peur, elle demanda :
« Qui me parle ?
-          Je suis l’esprit du baobab. Ne crains rien, je ne te veux pas de mal. Ton chagrin m’a ému et je veux te venir en aide.
-          Que dois-je faire pour que mon petit guérisse.
-          Rien, je viens de te le dire...... rien...... patiente, et tout rentrera dans l’ordre......
-          Patienter, mais combien de temps ?
-          Un temps..... mais ne crains rien, l’esprit du baobab veille sur Zouglou..... ton petit guérira et aura un destin fabuleux......
-          Un destin fabuleux ? s’étonna la pauvre femme incrédule.
-          Ne pose pas de question, fais confiance aux esprits....... Patiente .......

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Patienter... Patienter, toujours et encore patienter !

Et pendant ce temps, Zouglou grandissait en zougloutant..... toujours autant !


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Dans la cour de récréation de l’école, Zouglou était la cible de toutes les moqueries. Tous imitaient le zouglou de Zouglou.
Imaginez un peu....  On se serait cru dans une basse-cour emplie de dindons..... « zou ou  zou ou zou ou glou - zou ou  zou ou zou ou glou - zou ou  zou ou zou ou glou - zou ou  zou ou zou ou glou - ...... »

Il y avait une petite fille qui recevait, également, tous les lazzis de ses camarades. Myope comme une taupe, elle portait sur le petit bout de son nez une paire de lunettes qui lui faisait des yeux de hibou. Aussi, les autres enfants l’avaient affublée du surnom de « Hou – Hou » !

Zouglou et Hou-Hou, cibles de leurs camarades, finirent, en raison de leur différence, par devenir les meilleurs amis du monde.

Un matin, Hou-Hou, afin de surprendre son ami, s’approcha de lui sans bruit, et lança, sonore et joyeux, un retentissant « Coucou ! ».

Zouglou sursauta, puis s’immobilisa. Interdit, retenant son souffle, les yeux agrandis, tout ronds et fixes, il semblait observer ce qui venait de se produire au fond de lui.

Que se passait-il ?
Et bien, rien, justement, et c’était bien ce qui était étrange !
Zouglou ne zougloutait plus !

Et grâce à qui ? Au « coucou » de Hou-Hou !

L’esprit du baobab avait eu raison de recommander la patience. Zouglou était guéri !

Quant au destin fabuleux destin prédit par l’esprit du baobab, il fallait encore avoir un peu de patience pour découvrir en quoi il consistait !