lundi 25 septembre 2017

HISTOIRE DE RIRE ! Le métier de journaliste.


  
Un journaliste est envoyé en reportage dans une petite ville.
Devant la caméra, micro en main, il est chargé de suivre l’actualité et de la transmettre au pays, via la chaîne télévisée qui  l’emploie.
En effet, là où il se trouve, une agitation extrême semble régner.
Derrière lui, les habitants, comme pris de panique, courent en tous sens.

« Mesdames, Messieurs, bonjour !
Nous sommes en direct de la ville de Chamboultou dans le département de Nulpar. Cette ville de Chamboultou n’a jamais autant mérité son nom. Il y a ici, une effervescence  incroyable. Les personnes, comme vous pouvez vous en rendre compte derrière moi, sont prises de terreur.
Affolées, elles courent, encombrées de paquets.
Que se passe-t-il donc de si tragique en ce lieu ?
Pourquoi les habitants semblent faire des provisions ?
Quelle catastrophe s’est produite ou va se produire, ici même ?
C’est ce que Tragixkomix, la chaîne de toutes les informations, est venue découvrir pour vous, afin de vous en informer.
Je vais essayer de comprendre le pourquoi de cette agitation, en interrogeant un des passants. »

Le journaliste se dirige vers les habitants, essayant d’en arrêter un. Il a visiblement beaucoup de mal.
« Madame !.......  Monsieur !...... »

Le journaliste se tournant vers la caméra, explique sa difficulté à arrêter un passant en raison de la panique ambiante.
« Comme je vous le disais, vous voyez ici qu’il règne un incroyable affolement..... »

Mais, ce journaliste ne se décourage pas. Sa réussite à effectuer ce reportage devait déterminer toute sa future carrière :
« Madame, s’il vous plait...... »

Une dame, enfin, accepte de stopper sa course folle :
« Oui !
-          Que se passe-t-il donc ici ?
-          Oh ! Pas le temps, il ne va rien rester dans les magasins !

Toujours face à la camera, le journaliste interprète, pour son auditoire, la petite phrase prononcée par la femme :
« Visiblement, tous cherchent à faire des réserves. Les magasins risquent donc d’être dévalisés. Quelle catastrophe doit donc surgir en ce lieu ?
La persévérance finit, tout de même, par porter ses fruits, car un homme s’arrête. Il est hors d’haleine :
« Monsieur, pouvez-vous m’expliquer ce qui se passe dans cette ville ?
-          Je cherche ma femme, elle est partie en courant. Je crains le pire !
-          Mais, que craignez-vous pour votre épouse, de si infernal ? s’inquiète le journaliste en fixant, tour à tour, l’homme qui reprend peu à peu son souffle et la caméra qui continue de le filmer.
-          Oh, monsieur, vous ne voyez donc pas ! C’est la folie ! C’est le premier jour des soldes. Elle a pris ma carte bancaire ! Elle va vider le compte !

Le journaliste, atterré, regarde détaler le pauvre mari qui s’enfuit en criant : « Mathilde ! Mathilde ! », prénom qui doit, assurément, être celui de son épouse.

Le journaliste essaie de reprendre une contenance appropriée à sa fonction.
On ne l’avait pas informé que son reportage concernait le premier jour des soldes. Lui qui rêvait depuis toujours « du grand reportage ».
C’était raté !
Ne sachant comment rendre l’antenne d’une façon honorable, le journaliste déclare en bredouillant quelque peu :

« Mesdames, messieurs.....  La transmission me semble difficile, je pense que nous n’avons plus l’antenne...... A vous les studios ! »


mercredi 20 septembre 2017

UN PEU DE MERVEILLEUX !

La poudre de perlimpinpin.

Qui n’a pas utilisé cette poudre  qui possède de multiples vertus dont celle, en priorité, de redonner le sourire aux enfants après un gros chagrin ou un petit bobo ?
Sans elle, les illusionnistes ne pourraient réaliser  leurs tours avec brio.
Ni vu, ni connu ! Le tout est joué !

Mais saviez vous, qu’en 1640, à son origine, cette poudre merveilleuse portait le nom de « Prelimpinpin ».
Un petit défaut de prononciation la fit devenir « perlimpinpin », vers 1690.
Cette poudre était vendue sur les marchés et les foires par des soi-disant guérisseurs, comme étant la panacée miraculeuse. Elle guérissait tout, du rhume des foins au panaris, en passant par les rhumatismes et les hémorroïdes !
Génial, non ?
Et par quel hasard, par son pouvoir magique, bien évidemment !

L’imaginaire, l’inexplicable ont toujours fait rêver, voilà pourquoi après tous ces siècles et malgré les temps modernes, elle existe toujours.
On y croit, sans y croire, tout en y croyant. Et pourquoi pas, on sait jamais ça peut marcher !
Enfants, et même adultes, ont besoin de ce petit quelque chose qui fait la vie jolie et console de tout.

Abracadabra.... un peu de poudre de perlimpinpin..... ça pique un peu les yeux, alors on les ferme et tout devient merveilleux.......

Il faut toujours réfléchir avant d’agir !


  
Tous les habitants de Beuzeville-la-Grenier, village situé dans le pays de Caux, étaient sous le choc !
« C’est-y pas possible ! s’exclamait-on, horrifiés.
-          Pauvre père Mallet, finir sa vie ainsi ! répondait-on.
-          C’est qui, celui qu’à fait ça ? s’interrogeait-on de toute part.

Et chacun disait son ressenti devant l’évènement.
La nouvelle se répandit à une vitesse fulgurante et fut étalée, le surlendemain, en première page du journal de Rouen.
Il fut donc possible d’en connaitre tous les détails.

Journal de Rouen – 29 novembre 1837.

On écrit de Beuzeville-la-Grenière, près Bolbec, au journal du Havre le 27 novembre :
« Un crime épouvantable vient de jeter la consternation dans nos environs. Le nommé Jacques Mallet, vieillard de 86  ans, habitant le hameau du Froc, a été trouvé assassiné hier à deux heures de l’après-midi, dans la maison qu’il occupait.  Des marques de doigts, que l’on a remarqué sur son cou, font supposer que la victime a été étranglée par ses assassins, et tout porte à croire que la cupidité a été le motif de ce meurtre, dont les auteurs sont inconnus, car Jacques Mallet passait dans le pays pour avoir amassé une assez forte somme d’argent.
Ce vieillard était veuf, sans enfans et habitait seul la maison dans laquelle il a été trouvé mort.
Monsieur le juge de paix de Bolbec s’est rendu immédiatement sur les lieux.
A la nouvelle de ce déplorable événement le procureur du roi et le juge d’instruction du Havre se sont transportés au hameau du Froc, pour tâcher de découvrir les traces d’un attentat qui rappelle d’une manière si effrayante celui qui vient de se commettre, avec des circonstances trop semblables, dans la malheureuse commune de Douvrend, près de Dieppe.

Jacques Mallet avait donc trouvé la mort dans des circonstances tragiques.
Une enquête  fut diligentée par les hautes autorités de la justice pour retrouver, promptement, l’auteur ou les auteurs de cet acte inqualifiable, mais aussi pour rassurer les habitants qui ne se sentaient plus en sécurité.
N’y-avait-il pas, depuis quelques temps déjà, des actes de ce genre dans les environs ? Et maintenant, il se produisait la même chose, dans leur village, non loin de leur porte !

Jacques Mallet étant un homme pacifique et aimé de tous, l’église fut comble le jour de ses obsèques.

Acte de décès - novembre 1837 – Beuzeville-la-Grenier.
Du vingt sixieme jour du mois de novembre l’an mil huit cent trente sept a six heures du soir.
Acte de decés de jacques augustin Mallet décédé hier à huit heures du soir dans sa maison sise cette commune, profession de cultivateur âgé de quatre vingt six ans né en cette commune et y demeurant, fils de feu jacques Mallet et de feue suzanne Langlois époux de feue anne Rosalie Lenud avec laquelle il avait contracté mariage en la commune de Moiville en l’année mil sept cent soixante dix neuf. Sur la déclaration à nous faite par Augustin Bunouf profession de cultivateur âgé de cinquante neuf ans qui a dit être cousin du défunt et par Eleonor Auguste Bellet profession instituteur age de trente six ans qui a dit être ami du defunt tous deux demeurant  en cette commune.......


Jacques Mallet avait bien épousé, dans la ville de Moiville, Anne Rosalie Lenud, en 1779, et, plus précisément, le lundi 27 septembre.

Bénédiction nuptiale – septembre 1779 – Moiville.
Ce jourd’huy lundy vingt septieme jour du mois de septembre l’an mil sept cent soixante dix neuf après la publication des bans du future mariage entre jacques augustin mallet marchand de fil de cette paroisse fils aine de jacques et de suzanne Langlois ses père et mere de la paroisse de beuzeville la grenier d’une part et anne Rosalie Lenud fille puisnée de jean et de feu marie anne catherine Lecarpentier aussy ses père et mere d’autre part de la paroisse de breauté faite en cette eglise et en celle de breauté....... en presence de jacques mallet pere de l’epoux, de jean Lenud pere de l’epouse, jean Lenud garçon menuisier et de Charles louis Lenud boulanger freres de l’epouse de la paroisse de Breauté qui ont signés avec l’epoux agé de vingt huit ans et l’epouse agee aussi de viron vingt huit ans.............

Ils avaient vécu, ensemble, une vie de labeur et depuis cinq années déjà, Anne Rosalie Lenud s’en était allée, laissant son mari veuf et inconsolable.

Acte de décès – décembre 1832 – Beuzeville-la-Grenier.
Du vingt troisieme jour du mois de decembre l’an mil huit cent trente deux à huit heures du matin. Acte de deces de Anne Rosalie Lenud décédée en cette commune dans sa maison le jour precedent à onze heures du soir profession de cultivatrice nee en la commune de Breauté agee de quatre vingt trois ans demeurant en cette dite commune fille de feu Jean Le nud et de feue marie anne Le Carpentier epouse de Jacques mallet avec lequel elle avait été mariée en la commune de Mirville vers l’an mil sept cent quatre vingt Sur la declaration à nous  faites par le dit jacques mallet profession de cultivateur age de quatre vingt ans qui a dit être epoux de la defunte et par Silvain Lassade profession d’instituteur âgé de quarante ans qui a dit être voisin de la defunte tous deux demeurant en cette commune.......


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Sur la route, menant à Rouen, un homme légèrement courbé en raison du sac qu’il portait sur son dos, avançait péniblement. Fourbu, les jambes lourdes, il trainait les pieds en maugréant.
Il en avait connu des misères, cet homme ! Il en voulait au monde entier, cet homme !

Au fil de ses pas, des images de sa vie lui revenaient en mémoire. Et d’abord son enfance, à Limpiguet, lieu-dit dépendant du gros bourg de Loudéac en Côtes-d’Armor où il avait vu le jour le 19 mars 1805 (28 ventose an XIII).

Acte de naissance – mars 1805 – Loudéac.
Mairie de Loudeac cote d’armor Du vingt neuf jour du mois de ventose l’an treize. Acte de naissance de Ollivier Gainche né le vingt huit à onze heures du soir fils legitime de Jean marie Gainche age de quarante ans profession journalier et de perrine Le maux agée des trente ans profession menagere demeurant à Loudeac.
L’enfant presente à l’officier de l’état civil a été reconnu être de sexe masculin. La déclaration de la naissance a été faite par le père de l’enfant agé de quarante ans profession journalier demeurant à Lempiguet.
Premier temoin Ollivier Cadoret age de quarante sept ans profession laboureur demeurant à Lempiguet. Second temoin Julien Lemeur age de cinquante ans profession de laboureur demeurant à Lempiguet........

Et puis, sa condamnation pour vol et son emprisonnement à Gaillon. Un épisode de sa vie qui l’avait surtout conforté dans ses rancœurs, car loin du repentir apparent, il criait vengeance contre la société « des riches », «des bourgeois », de tous ceux qui possédaient argent, droit et pouvoir.
Oui, il avait écopé de treize mois par le tribunal de police correctionnel du Havre. Treize mois !
Il avait fait appel et ce fut la cour de Rouen qui, par indulgence, réduisit le temps de peine à un an et un jour !
Il sortit de prison, fin juillet, mais bénéficiait d’une liberté restreinte. Sous surveillance ! Il n’était donc pas libre de ses mouvements, ne pouvait donc pas se déplacer à sa guise.
Même pour venir à Rouen, il avait fait viser son passeport à Fécamp.
Et tous ces ressentiments, tournant en boucle, dans sa tête augmentaient sa hargne.

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Pendant qu’Olivier Gainche cheminait. (On trouvera aussi Ollivier et Guinche).
Pendant que la justice enquêtait sur le meurtre de ce pauvre Jacques Mallet.
Le 26 novembre, suite à une perquisition au domicile d’un certain Gainche à Bolbec, pour vol de blé et n’ayant pas trouvé cet individu qui avait pris la fuite, les autorités lançaient dans les cantons voisins des mandants contre lui.
Nous allons voir que les événements s’enchainèrent très vite !

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Rouen, ville aux multiples clochers, traversée par la Seine, était connue pour sa grande activité portuaire et fluviale, ses nombreuses manufactures, ses foires et marchés......
Olivier Guinche arriva dans cette ville, exténué. Il avait bien besoin de repos, aussi s’était-il présenté à l’hôtel du commerce, où sa mine blafarde, ses yeux creux et cernés effrayèrent la logeuse.
Le lendemain, après une bonne nuit de repos, ayant récupéré ses forces, Olivier Gainche quitta l’hôtel et erra dans la ville, cherchant quelque lieu de plaisir et de débauche. Il en trouva un, rue du Petit Mouton, non loin de la rue Eau de Robec. Dans cet endroit sordide, sentant la sueur, le tabac, le mauvais alcool et le parfum bon-marché, il lia connaissance avec un nommé Cadet Voisin, un forçat libéré, et bien évidemment, avec quelques filles publiques, charmantes demoiselles répondant aux doux noms de Sophie Labiche, Reine Lepage et Divine Chouquet. Devant les dépenses excessives, réglées par Gainche, cette gente féminine, devint fort intéressée, d’autant plus intéressée que l’homme possédait, sur lui, une assez grosse fortune. Gainche et Voisin, devenus copains de beuveries, se firent quelques confidences, entre deux hoquets de soulards.
Olivier Gainche, sans entrer dans trop de détails, déclara avoir besoin de se faire oublier. Oui, mais pour disparaitre, il lui fallait un passeport validé par la police. Mais, si il se présentait à la gendarmerie, il risquait de ne pas en sortir. Cadet Voisin possédait la solution. Quelle chance !
En effet, il avait un ami qui avait un ami..... Enfin, pour faire plus court, il pouvait, sans aucun souci, contre une somme d’argent, lui faire établir un faux passeport, plus vrai que le vrai !
Pour aller où, le passeport ? Amiens.
Le lundi 4 décembre 1837, Gainche, muni du précieux document, s’apprêtait à se rendre rue de Fontenelle, afin de prendre la voiture d’Amiens qui devait partir à cinq heures du soir. Oui, mais, en rassemblant ses affaires, il s’aperçut qu’on lui avait dérobé la totalité de son argent.
Au propriétaire de l’établissement de la rue du Petit Mouton, le pauvre Gainche conta son infortune. Infortune, c’était le cas de le dire !
Furieux, qu’il était Gainche ! Tellement furieux qu’il lança une phrase qui le compromettait au plus haut point :
« Je sais bien que ma tête y passera, mais celle de Voisin y passera aussi ! »

Et vous n’allez pas vouloir me croire, ça c’est certain. Et pourtant ........

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Le lendemain, Olivier Gainche, d’un pas décidé, se rendit au parquet du procureur du roi, et déclara au substitut Pierre Grand, qu’il venait d’être victime d’un vol considérable.

« A combien se monte la somme volée ?
-          Quatre mille francs
-          Quatre mille francs ! Mais comment se fait-il que vous aviez, sur vous, une pareille somme ?

Et voilà notre plaignant se lançant dans une explication des plus scabreuses.

« C’est que sur le chemin, au haut de la côte de Fécamp, y avait un homme qui dormait dans le fossé. Visiblement, il était abruti d’alcool. A la selle de son cheval, y avait une sacoche, pleine d’argent. Des écus ! Alors, vous comprenez ...... »

Le substitut hocha la tête tout au long du récit de cet homme qui lui paraissait de plus en plus suspect. Lorsque le récit rocambolesque fut achevé, le substitut s’enquit de l’identité du plaignant qui dit s’appeler Olivier Gainche, être âgé de quarante six ans et demeurer à Bolbec.

Gainche ne ressortit pas du cabinet du substitut, non. Celui-ci lui demanda d’attendre. Il allait de suite s’occuper de son affaire. Je devrais dire plutôt, qu’il allait lui « faire son affaire », car il lui fut aisé, en raison du mandat lancé contre Gainche, de faire rapidement le rapprochement avec l’individu de la perquisition du 26 novembre, perquisition qui, de plus, avait eu lieu le lendemain du meurtre de Beuzeville-la-Grenier.
Trop de coïncidences !

Une instruction fut, de suite, ouverte et Gainche fut immédiatement entendu par un juge auquel il répéta ce qu’il venait de dire :
On lui avait volé son argent. Enfin, celui qu’il avait lui-même dérobé à un homme pris de boisson, sur la route, en haut de la côte de Fécamp. Ensuite, il s’était rendu à Fécamp, portant les quatre mille francs, sommes en pièces de cinq francs qu’il avait mis dans un sac de toile. Puis, il était parti pour Rouen. En chemin, il s’était arrêté dans diverses auberges pour prendre un peu de repos ou manger. Arrivé à Rouen, il avait demandé à un individu où il pourrait  « faire changer des écus en billets ». Cet homme, fort aimable, le conduisit chez un banquier de Rouen où on lui remit quatorze billets de deux cent cinquante francs, en échange de trois mille sept cents francs en écus.
« Eh ben, monsieur le juge, conclut Olivier Gainche, c’est ben là le vol, mes quatorze billets de deux cent cinquante francs. Et j’peux même vous dire qui a fait l’coup.
-  Dites toujours, demanda le juge, non sans intérêt.
-  C’est l’Cadet Voisin et les trois filles, la Sophie Labiche, la Lepage, la Canteloup et puis la Divine Chouquet. Ça pour sûr !

Monsieur de Stabenrath, juge d’instruction, fit mettre sous les verrous le sieur Gainche et le  samedi suivant, vers cinq heures, se rendit rue du Petit Mouton pour procéder à l’arrestation des personnes dénoncées par Gainche.


Dans le journal de Rouen, en date du 7 décembre 1837, on pouvait lire :

Olivier Guinche, de l’arrestation duquel nous avons rendu compte dans notre numéro de mardi, ainsi que de toutes les circonstances qui s’y rattachent a été extrait des prisons de Rouen et conduit par la gendarmerie au Havre où se poursuit l’instruction du procès relatif à l’assassinat commis à Beuzeville-la-Grenier.
Il parait que les 4000 francs qu’Olivier Guinche avait apportés à Rouen n’étaient  pas tout ce qu’il aurait volé ; on dit qu’il a confié à un individu qu’il avait enfoui une somme importante dans un endroit qu’il a désigné. Ce fait sera du reste bientôt éclairci, car les magistrats saisis de l’affaire vont sans doute ordonner que des fouilles soient faites.


L’instruction s’annonçait ardue, en raison des différentes versions des faits, données par Gainche, et par toutes les incohérences qu’elles comportaient.


mercredi 13 septembre 2017

Tout, tout, tout, vous saurez tout sur ....... la poudre !



La poudre ! En 1160, on disait « puldre » et en 1155 « pudre ».
Ce mot vient du latin « pulverem », désignant la poussière du sol.
En voilà les origines.

C’est, vous le conviendrez, un mot très employé dans notre langage courant.
Le « sucre en poudre », par exemple.

Puis, cette poudre utilisée par les coquettes pour que leur peau ne brille pas et ait un beau velouté, la « poudre de riz ».
Concernant cette poudre, justement, en 1428, puis aux XVIIe et XVIIIe siècles, elle était utilisée par les barbiers et coiffeur pour les visages et les perruques.
C’était aussi la désignation, en 1556, de la poudre dont on se servait pour saupoudrer l’écriture pour en sécher l’encre. L’ancêtre du buvard !

A présent, la « poudre », c’est la « coc » (la cocaïne). Attention danger !!!

Il y a aussi la « poudre à canon » (1417), tout aussi dangereuse que « la coc » et moins glamour que la « poudre des coquettes ».
Quelques « expressions explosives » :
« Mettre le feu aux poudres » : tirer à volonté avec des boulets (de canon !) !!
« Faire parler la poudre » : combattre avec des armes à feu.

Et également une autre poudre, moins meurtrière celle-là :
« Jeter de la poudre aux yeux » qui en 1559 nommait le premier d’une course, celui qui soulevait de la poussière devant ceux qui le suivaient. Aujourd’hui, c’est le vantard qui veut épater les autres !

Je ne voudrais pas achever ce tout petit exposé sans évoquer cette poudre qui fut (l’est-elle encore ?) utilisée de nombreuse fois et que l’on nommait, en baissant la voix, la « poudre de succession ».
Combien de personnes cette poudre a-t-elle envoyé, de vie à trépas, les personnes indésirables, afin de pouvoir s’approprier au plus vite de leurs biens et leur argent ?
Que les gens sont méchants, tout de même !!
Cette poudre, on l’achetait, soit disant, pour éliminer des souris qui, en grand nombre, couraient dans la demeure...... Vous l’avez deviné cette poudre n’est autre que l’arsenic !!


Oubliez vite le côté morbide de tout cela et allez vous poudrer le nez !

mardi 12 septembre 2017

HISTOIRE DES CAMPAGNES ......

Si l’if pouvait parler !

Si l’if de la place communale de Saint-Aubin-d‘Ecrosville pouvait parler, il aurait, assurément, bien des choses à conter.
Oui, beaucoup à dire en effet, car cet arbre veille, depuis des décennies, sur les habitants du village, leur apportant les jours de canicules un peu d’ombre et de fraîcheur ; pose un regard bienveillant sur les enfants des écoles toute proches, même si ces petits garnements lui arrachent volontiers  quelques aiguilles ou branches ;  écoute, religieusement, le tintement de la cloche de l’église, ceux joyeux des mariages et baptêmes, ceux respectueux et solennels des adieux aux défunts.

L’if, au centre du village, veille et surveille, attentif !

Dans son immobilité, il frissonne quelquefois devant des évènements tragiques, et parfois aussi, ébroue ses branches face aux situations comiques.
Certains de dire que c’est le vent, mais qui peut l’affirmer ?

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Ce jour-là, l’if de la place de Saint-Aubin-d’Ecrosville frissonnait. La nuit avait enveloppé la commune, et déjà, des habitants étaient endormis. Au-dessus du fait de l’if, un ciel clair, parsemé d’étoiles, annonçait de fortes gelées.
Il y avait eu bal en ce dimanche de février, comme chaque semaine. Le « Bal Thomas », comme on l’appelait, faisait toujours salle comble. On s’y retrouvait pour boire un verre, deux, parfois trois, pour guincher, pour lier connaissance avec quelque béguin entrevu dans le village, espérant par l’entremise d’une danse, trouver le moyen de l’aborder sans l’effaroucher.
Enfin, pour prendre du bon temps, rire et s’amuser,  tout simplement.
Il y avait, parfois, quelques débordements qui se soldaient par une bagarre. Le maitre du lieu, vigilant à éviter la casse, sortait, manu militari, les faiseurs de trouble, leur criant :
« Oust ! Allez régler tout cela dehors ! »

Lorsque l’alcool coule à flot, il échauffe les esprits. Il suffit alors d’un rien, un rire, une réflexion, pour que le conflit éclate.
C’est bien connu, un ivrogne a la « tête près du bonnet » !

Ce soir-là, vers les dix heures et demie, Etienne Honoré Monneaux, accompagné de deux compères, les nommés Hervieux et Angot, avait bien arrosé la journée.
Pas besoin de vous préciser que, tous trois étaient bien imprégnés.

En sortant du « Bal Thomas », la température glaciale  les saisit d’autant plus qu’en raison du taux d’alcool absorbé, ils avaient bien chaud.
« Fais frisquette, les gars ! On va s’en jeter un dernier derrière le gosier ! »

L’idée lancée par Etienne Honoré parut excellente aux deux autres. Aussi, se rendirent-ils au débit de boissons tout proche pour se procurer de l’eau de vie. Ne tenant déjà plus vraiment l’équilibre, ils décidèrent de s’installer sous l’if de la place, pour poursuivre leur soirée de bombance et d’ivresse. Monneaux et Hervieux déposèrent près d’eux leur fusil dont ils ne se séparaient jamais. On ne savait jamais, une mauvaise rencontre......

Les litres d’eau de vie coulaient à flots. Quelles descentes !
Les paroles échangées devenaient de plus en plus inaudibles, tant les bouches se faisaient pâteuses. L’excitation des trois hommes était de plus en plus perceptible. Ils se querellaient pour des riens.
Hervieux roulant à terre fit tomber son fusil que Monneaux ramassa et emporta avec le sien.

Non loin de là, Montreuil, couvreur de paille, observait la scène. C’était un homme de haute taille, aimant faire la démonstration de sa force qui faisait l’admiration.
« Ces trois-là, pensait-il, vont finir par s’entretuer ? Ils sont ben trop saouls pour penser avec raison. »
Voyant Monneaux armé des deux fusils, Montreuil s’attendait au pire, alors, il voulut le désarmer. Oui, mais un homme ivre, n’a plus de raisonnement. Apercevant Montreuil s’approcher de lui, Monneaux posa un des fusils à terre, épaula le second et titubant, hurla :
« N’avance pas, hein ! N’avance pas où j’ te tue ! ».
Puis, sans attendre, Monneaux mit sa menace à exécution et tira. Heureusement, l’ébriété avait rendu la précision du tireur incertaine et la balle se perdit, Dieu sait où !
Furieux, Montreuil se précipita sur le tireur, lui arracha son arme et lui asséna un violent coup de crosse sur le crâne. Monneaux chancela et s’affaissa comme une poupée de chiffon.

Le coup de feu avait dissipé les vapeurs d’alcool dans les cerveaux embrumés de Hervieux et Angot qui, bouche ouverte, regardaient hébétés le corps de Monneaux gisant sous l’if.

Le pauvre Monneaux ne donnait plus signe de vie. Montreuil, le fusil toujours dans les mains, répétait comme une litanie :
« J’ai voulu éviter un malheur. J’ai pas voulu ça, non ...... »

La cause du décès fut, aux premières constatations : « Mort due à une fracture du crâne provoquée par un coup donné avec la crosse d’un fusil. »

Le journal « Gildas », en date du 18 février 1892, parla de l’évènement dans un de ses articles, en ces termes :
Evreux – 16 février
Un meurtre a été commis à Saint-Aubin-d’Ecrosville (Eure). Deux jeunes gens, en sortant d’un café, se sont pris de querelle. Le plus jeune, âgé de vingt ans, nommé Monneaux, a été tué par son adversaire.

Le même article prenait quelques lignes dans le « Journal de Rouen », du 17 février 1892.

Montreuil avait donné la mort, il fut arrêté.
Dans sa cellule, il se reprochait d’être intervenu. Il aurait dû passer son chemin. Après tout, ce n’était pas son affaire.
« Toujours à me mêler des affaires des autres, pensait-il rempli d’amertume. Ça m’apprendra ! Me voilà dans de beaux draps, à présent.»

Une chance pour l’inculpé, une autopsie fut  pratiquée sur le corps du défunt dans les locaux de l’hôpital de Louviers, par le docteur Postel. Les conclusions de cet examen furent formelles :
« Le défunt a succombé à une congestion cérébrale occasionnée par l’abus d’alcool et non en raison de la blessure faite par le coup reçu, celle-ci étant insignifiante. »

Suite au constat médical, innocentant Montreuil, le journal de Rouen, du 18 février, annonçait « la remise en liberté du sieur Montreuil, ainsi que le classement de l’affaire ».

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Si l’if de la place communale de Saint-Aubin-d’Ecrosville pouvait parler, il raconterait cet évènement avec moult détails, précisant notamment que
« Ce quatorzième jour de février de l’an mil huit cent quatre vingt douze était décédé à onze heures du soir, Etienne Horoné Monneaux, fils de Alphonse Zéphir Monneaux et Eugénie Angélina Leblanc, né le cinq avril de l’an mil huit cent soixante quatorze à Saint-Nicolas-de-Bosc ».

Il pourrait aussi préciser que c’était bien triste de mourir à dix-huit ans et que le Monneaux n’était pas un si mauvais bougre........


Si l’if de la place communale de Saint-Aubin-d’Ecrosville pouvait parler...... on ne pourrait plus l’arrêter de conter.........

jeudi 31 août 2017

Jeu de mains, jeu de vilains.

Jeu de mains, jeu de vilains.


Voilà encore une expression venant tout droit de ma grand-mère. Elle l’employait lorsque mon frère et moi, nous nous chamaillons et que cela se terminait en « bagarre ».
Dans l’esprit grand-maternel, il s’agissait là de jeu, plus ou moins dangereux, qui se terminerait inévitablement par des larmes.
Petite précision concernant les larmes : il s’agissait des miennes, mon frère, plus grand, était donc plus fort.
Mais connaissait-elle, grand-mère, toute l’histoire de cette formule dont elle usait copieusement ?

Remontons le temps, jusqu’au Moyen-âge.
Les vilains consistaient en une catégorie sociale qui habitait des fermes dénommée par le terme « villa ».
Hommes libres, les vilains cultivaient la terre qu’ils louaient à un seigneur à qui il devaient aussi payer des impôts tels la « taille », partie de leur récolte et donner des jours de travail, appelés « la corvée ».
Les vilains, lors des fêtes villageoises, s’affrontaient dans des joutes à mains nues.

« Jeu de mains, jeu de vilains » est donc un proverbe (1690) ;
Le mot « vilain », désignant quelqu’un de « rustre ».
Mais ce mot prit, peu à peu, un sens moral qui finit, par extension, à prendre le sens de « déplaisant ».

Tout compte fait, grand-mère avait raison, nous étions, dans ces moments de querelles, des enfants « déplaisants ».
De sales gosses, quoi !


Petit complément d’information :
Il existait une autre catégorie sociale, la plus pauvre, celle-là, les serfs.

Les serfs n’étaient pas des hommes libres, ils « appartenaient » à un seigneur et travaillaient pour lui. Ils pouvaient, toutefois, s’ils réussissaient à mettre de l’argent de côté, ce qui était fort rare, à acheter leur liberté. 

JOURNAL DE ROUEN - NOUVELLES FRAÎCHES !



Un commerce immonde !

5 mars 1784

Arrêt du Conseil d’Etat du Roi, qui supprime le privilège exclusif de la traite des Noirs à Gorée & dépendances, & accorde en dédommagement, pour le terme & espace de neuf années, à commencer du premier Juillet prochain, aux Concessionnaires, Intéressés & Administrateurs de la Compagnie de la Guyane françoise, celui de la traite de la Gomme seulement, dans la riviere (sic) du Sénégal & dépendances, du 11 janvier 1784.

L’île de Gorée possède une bien triste histoire. La connaissez-vous ?

Gorée est une île du Sénégal, dans l'océan Atlantique, située à 4 kms au large de Dakar. Longue de 900 m, large de 300 m, elle a une superficie de 28 ha. Sa population s'élève à environs 1 000 habitants.
Gorée a été découverte, en 1444, par les Portugais qui commencèrent la « Traite des Noirs » en 1510.
En 1627, les Hollandais édifièrent un fort à Gorée, tandis que les Français s’installèrent le long des côtes.
Les Français fondèrent Saint-Louis en 1659, avant de se rendre maître de Gorée en 1677.
En raison de la qualité de sa rade, l’île devint le principal comptoir français d'Afrique occidentale, et le premier centre de commerce des esclaves.
La traite négrière contribua à renforcer la puissance des royaumes côtiers au détriment des Etats de l’intérieur.

S’ensuivit une rivalité entre Français, Hollandais et Britanniques pour le commerce de l’or, la gomme, les épices et les esclaves.
Finalement, la France obtient la totalité du Sénégal par le traité de Vienne en 1816.

Nommé gouverneur en 1854, Louis Faidherbe, Général français fonda Dakar en 1857 et en devient gouverneur. Il créa des contingents de tirailleurs sénégalais.
Les Tirailleurs sénégalais participèrent massivement à côté des troupes françaises aux combats de la Guerre de 1914/1918 :
·         180 000 hommes sont mobilisés
·         30 000 hommes sont tués
Ils participèrent également aux combats de la Seconde guerre Mondiale, et prirent part à la campagne d’Indochine (1945-1954) au cours de laquelle 2 300 Sénégalais y perdirent la vie.

Aujourd’hui, l'activité principale  de l’ile de Gorée est le tourisme. Elle présente des constructions coloniales d'une grande homogénéité, une esclaverie du XVIIIe siècle et plusieurs musées. L'île a été inscrite au patrimoine mondial par l'Unesco.

C’est en tout onze millions d’hommes, de femmes et d’enfants africains qui furent  réduits en esclavage entre le XVIème et la fin du XVIIIème siècle.



Commerce triangulaire, expression désignant le processus de la traite des Noirs de la fin du XVIIe siècle à la fin du XVIIIe siècle entre la France, l'Afrique et les Antilles. Les bateaux partaient de quatre ports : La Rochelle, Bordeaux, Le Havre et surtout Nantes (1 427 expéditions négrières de 1715 à 1789) qui fut le premier port négrier mondial au XVIIIe siècle. Ils embarquaient des verroteries, des armes, des bijoux. Arrivés en Afrique, au Sénégal le plus souvent, les négriers échangeaient leur cargaison contre des esclaves. Le voyage se prolongeait vers les Antilles, où près de 5 000 Noirs étaient débarqués chaque année en échange de sucre, de vanille et de différents produits tropicaux, rapportés en France pour y être vendus. L'armateur pouvait espérer 800 p. 100 de bénéfice ; la sécurité sur les mers était plutôt mieux assurée qu'au XVIIe siècle, et des dynasties de négriers assurèrent ainsi leur fortune : le Nantais Antoine Walsh arma 28 navires négriers à lui seul. Les révoltes d'esclaves étaient assez fréquentes à bord (17 pour les 427 expéditions de La Rochelle) et la mortalité, selon les cas, variait aux alentours de 15 p. 100 par voyage, ce qui était beaucoup plus que sur les navires hollandais.
Le commerce triangulaire permit largement l'édification des bâtiments les plus somptueux des grands ports négriers français et fut aussi en grande partie responsable de l'effondrement des anciennes sociétés africaines.