dimanche 22 avril 2018

Un bon barbecue ?




Il fait beau !
C’est l’été, un peu avant l’heure !
Il faut en profiter !
Alors envie de prendre l’air, de bronzer et de faire un « bon barbecue » ?
Mais pour faire un barbecue, il fait des merguez et de la « barbaque » !
Et oui, je le confirme, il faut de la barbaque.
C’est réellement le mot qui convient..........

Pourquoi ?
Tout simplement  parce que le mot « barbaque » viendrait de l’espagnol « barbacao », désignant le gril servant à griller la viande, lui-même issu de « arawak », mot d’origine indienne, nommant la viande grillée ?

Alors ? Convaincus que c’est l’élément essentiel pour un bon barbecue ?

Il ne me reste plus qu’à ajouter que ce terme est apparu dans la seconde partie du XIXe siècle, rapporté, sans doute, par les soldats revenant de leur expédition militaire au Mexique.


Afin, quelle que soit sa provenance, depuis 1877 – 1880, et encore de nos jours, il désigne toutes sortes de viande et plus particulièrement une viande de très mauvaise qualité.


  Pour cette petite histoire autour d’un mot,
Je me suis aidée du
« Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert.

mercredi 18 avril 2018

HISTOIRE DE VILLAGE - Le garde-champêtre.



Dur métier que celui de "Garde-champêtre" !

En voilà un métier très utile !
Un métier de plein-air, pour lequel il fallait :
·         Avoir plus de vingt-cinq ans.
·         Savoir lire et écrire.
·         Etre irréprochable dans sa vie personnelle et sociale.
Et surtout :
·         Avoir de bonnes jambes pour parcourir chemins, champs, bois et forêts communales.
·         Posséder de bonnes galoches, car les pieds souffraient d’échauffements l’été et d’engelures l’hiver.
Mais encore, être très observateurs, très vigilants, et en cas de délits, être implacable et juste, même si cela concernait la proche famille ou les amis.
Pas facile !
Il fallait aussi tenir sa langue, ne rien divulguer à propos de son travail. Certaines affaires devant rester très confidentiels !

Imaginons, si vous le voulez bien,  plusieurs situations délicates auxquelles le garde-champêtre pouvait être confronté et dans lesquelles il pouvait se trouver un peu en « porte-à-faux ».

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Ce brave homme arpentait les chemins.
« Brrrr !! Quel froid ! »
Pieds et mains gelés. Bout du nez également et qui, en plus, devenu cramoisi, coulait.
« Nom de d’là ! marmonnait le pauvre homme, j’ donn’rai cher pour un bon verre de gnole !  Ça m’ requinqu’rait !»

Chemin faisant, le garde, proche de la congélation, rencontra un fermier, pas vraiment de ses amis, mais tout de même pas un inconnu.
« Fait frisquette, hein ? dit celui-ci en le saluant.
-          Ça, pour sûr ! répondit le garde.
-          Allez ! V’nez boire un coup ça vous réc’auff’ra. Ça peut pas faire de mal, hein ? Et pis, de c’ temps-là, les voleurs i’ sont au chaud.

Qu’auriez-vous fait à cette proposition ?
Vous auriez accepté l’invitation, évidemment !

Imaginez que ce gentil fermier fut un jour arrêté pour fraude, une broutille....
Le pauvre garde aurait alors entendu à coup sûr :
« T’es point reconnaissant, hein ! Tu t’en es j’té des verres chez moi, hein, quand i’ f’sait froid ! »

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Dans ces temps-là, mais également encore aujourd’hui, un arbre fruitier croulant sous ses fruits, c’était tentant.
Ce n’était pas vraiment voler !
Mais au début du XIXème siècle, c’était un délit réprimé par la justice.
Notre garde-champêtre avait le devoir de protéger la propriété d’autrui et donc, si par hasard il surprenait un gamin chapardant une pomme, une poire ou quelques cerises, il se devait de l’arrêter.
Pas de pitié, même si le garnement s’excusait, disant :
« Promis, M’sieur, je r’commenc’rai plus ! »

Qu’auriez-vous fait, vous ?
Une petite semonce et on en restait là.

Et bien, non ! Faute professionnelle !
Le pardon et l’absolution, c’était l’affaire du curé.
Le garde-champêtre représentait l’ordre.

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Un dépôt de fumier sur un sentier communal, des branches empiétant sur l’espace public, et que sais-je encore .......
Délits entrainant verbalisation, après un délai pour l’enlèvement, le nettoyage et l’élagage.
Un rapport était établi.

Le garde-champêtre ne devait pas se faire que des amis.
Mais sa fonction avait-elle pour but le copinage ?

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Les délits dits « forestiers » étaient nombreux.
Seuls les plus pauvres étaient autorisés à ramasser du bois mort dans les bois communaux ou à glaner dans les champs après les moissons.  Des règles étaient établies et les communes délivraient  un document aux « privilégiés », attestant leurs droits.
Pas question de dire :
« Le papier, mais j’ l’ai point. Il est à la maison ! »
Tout était vérifié, et plutôt deux fois qu’une !

Je suppose aussi que, si ce brave garde-champêtre surprenait sa femme avec des fagots, alors qu’elle n’en avait pas le droit, il la verbalisait.

J’image la mégère hurlait à la face de son garde de mari :
« Bon ! Tu veux point que j’ prenne du bois. Soit disant que j’ai pas l’ droit ! Alors, tu mang’ras froid c’soir ! Pas d’fagots ! Pas d’feu ! »
Quelle tête il ferait ce pauvre homme de loi !

Quant aux braconniers, ils écopaient souvent des peines de prisons, avec bien évidemment suppression du gibier illégalement chassé.
Et pas question de proposer au garde de partager le contenu de la gibecière !
C’eût été malvenu.
La loi est incorruptible !

Pourtant, cela devait être  bien tentant. L’odeur d’un bon civet de lièvre devait titiller fortement les narines de l’homme, et le faire saliver.
Imaginez, vous aussi, les morceaux de lièvre trempant dans une sauce onctueuse, accompagnés de pommes de terre et de petits champignons. Ces derniers provenant d’une récolte illégale, bien sûr !

Quel dur métier, tout de même !

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Quand il y avait des délits plus graves, vols meurtres ou encore accidents mortels et suicides, c’était à la « Haute Justice » que revenait ces affaires.

Mais, motus et bouche cousue avant le jugement.
Cela devait être compliqué de garder les secrets, surtout si cet homme de hautes et difficiles missions avait épousé une femme curieuse.
Câline comme une chatte, elle devait demander d’une voix douce :
« Tu veux ren m’ dire. A moi, voyons, tu sais, j’ dirai ren ! »

Tu parles ! Le lendemain, tout le village serait au courant de l’affaire dans les moindres détails, plus un grand nombre du cru de l’épouse à l’imagination fructueuse !

Une femme qui pouvait, aussi, devenir agressive en cas de refus du garde, scrupuleux dans sa fonction :
« Ah ! Tu sais ren, et tu veux m’fair’ croire’  ça ? Tu parles ! T’as pas confiance, v’là pourquoi ! »

Que faire dans ce cas-là ?
Surtout quand on voulait avoir la paix dans son ménage !

Les plus sournoises profitaient des moments plus intimes...... Câlineries et confidences sur l’oreiller !

Vigilance ! Vigilance ! Attention monsieur le garde !
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Le plus difficile, dans cette fonction, devait être ces silences à son entrée dans le café du village.
Conversations cessant immédiatement, échanges de regards des uns et des autres.
Et quand les conversations reprenaient, c’était sur la pluie ou le beau temps.
Savait-on jamais. Les paroles perçues pouvaient être mal interprétées.

Le contraire pouvait aussi être possible.
A son entrée, le garde se voyait apostrophé :
« Eh ! V’ins boir un coup ! »

Et verre après verre, tournée après tournée, essayant de tirer les vers du nez de l’homme d’ordre, afin d’apprendre tous les secrets, tous les dessous des affaires.
Pas toujours facile de ne pas accepter de trinquer.
Pas toujours facile dans de pareilles circonstances de garder sa langue.
Quand l’alcool échauffait les esprits, un mot en entrainant un autre et les mots jaillissaient vivement.

Alors, être garde-champêtre impliquait-il de vivre en ermite, sans causer à quiconque ?

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Voilà pourquoi, certains gardes-champêtres nommés dans les communes furent licenciés pour « ne pas s’être acquitté des devoirs de sa tâche d’une manière satisfaisante et qu’il n’en remplissait pas les obligations. »

Ce fut ainsi que la Commune d’Ecquetot dut se séparer de deux gardes.
Mais cela ne supposait pas que ces deux hommes avaient basculé dans le camp des truands.

Le 15 mai 1819, le nommé Antoine Martin se voyait signifier son renvoi au 31 juillet suivant, date anniversaire de sa nomination.
Antoine Martin avait vu le jour au Grosoeuvre le 1er avril 1758.
Il avait épousé une fille du coin, Marie Françoise Ursule Dupuis, née à Venon.
Le couple s’était installé rue de l’église à Ecquetot, ville où l’un et l’autre décédèrent.
Lui, Antoine Martin, le 3 mars 1834. Elle, Marie Françoise Ursule Dupuis, devenue veuve Martin, le 16 février 1840.


Il en fut de même pour Louis Jacques Marsollet, en juillet 1840.;
Que lui était-il reproché ?
« De ne jamais avertir des délits qui étaient commis et qui se commettaient journellement. »
Y en avait-il autant que ça dans ce village ?
Louis Jacques Marsollet était originaire de Mandeville, où il cultivait des terres.
Il avait épousé une veuve, Marie Barbe Hervieux, née à Criquebeuf-la-campagne ; le 21 janvier 1783.
Devenu veuf, le 30 juillet 1846, Louis Jacques Marsollet ne finit pas ses jours à Mandeville.
Alla-t-il vivre chez un de ses enfants ?
Sans doute, à moins......  qu’il ne se soit remarié, la solitude et les soins du ménage lui pesant.

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Sur le territoire de la commune de Saint-Aubin-d’Ecrosville, il y avait, en février 1817, trois gardes-champêtres :
Les sieurs Augustin Foy et Girard, ainsi que le sieur Langlois, déjà garde-particulier de Monsieur de Pavyot, châtelain de la commune.

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Comment étaient nommés les gardes-champêtres.

Une loi du 8 juillet 1795 (messidor an III) ordonnait la nomination de gardes-champêtres dans les communes rurales.
Le salaire des gardes était de deux cents francs par an.
C’était au Sous-préfet de l’Eure, en l’occurrence celui de la sous-préfecture de Louviers dont dépendait le Plateau du Neubourg, d’effectuer le  choix, en fonction des candidatures qui lui étaient proposées.
Avant d’arrêter sa décision, il faisait une enquête, afin de s’assurer que l’homme qu’il désignerait était de « bonnes vies et mœurs », et qu’il s’acquitterait de sa fonction « avec dévouement au Roi et dans le respect de l’autorité des lois ».

Mais c’est que ça ne rigolait pas !

(Selon les périodes de ce XIXème siècle fort tourmenté, le « dévouement » revenait soit au roi, soit à l’empereur, soit, encore, à la république.)

Le garde-champêtre retenu devait donc prêter serment. Voici quel était le contenu de sa déclaration.
L’homme, solennellement, d’une voix claire et forte, jurait de :
« Se conformer aux lois, arrêtés, instructions et règlements relatifs à sa mission, notamment à ceux qui concernent la chasse, la pêche, le port d’armes, la sureté des personnes et des propriétés, de veiller de jour et de nuit à la conservation des récoltes et propriétés confiés à sa garde.
De se refuser transaction avec les délinquants, de dresser des procès verbaux de tous délits et contraventions de toute arrestation légale et de faire constater les empiètement, dégradations ou encombrements qui pourront commettre sur les chemins publics ou propriétés comme du vol d’objets confiés à la foi publique et d’arrêter tous les évadés de galère, déserteurs, gens sans aveu et sans papier qu’il rencontrera ou qui seront signalés, de remettre ses procès verbaux au maire ou à l’adjoint de la commune.
De réprimer de concert avec la Garde Nationale et la gendarmerie le brigandage, le vagabondage et la mendicité et d’assurer l’exécution des lois et ordonnances de police relatives aux étrangers, aux passeports et au braconnier ........... »

Après cela, il était assermenté, et sa parole prévalait celle des personnes qu’il arrêtait.

Un garde privé pouvait concilier cette fonction avec celle de garde-champêtre.


Je vous avais prévenu.
Difficiles les obligations de garde-champêtre.



La rédaction de ce texte m’est venu à la suite de la lecture
dans les délibérations du conseil municipal d’Ecquetot,
de notifications donnant « congé pour faute »
à deux gardes-champêtres.
Mon imagination a pris alors le dessus
et je me suis laissée aller ......




lundi 16 avril 2018

HISTOIRE POUR LES ENFANTS SAGES ET .......... LES AUTRES - Il était une fois.


Il était une fois.......

Il était une fois une fillette. Elle ne devait pas encore avoir quatre ans.
Vive espiègle, remuante, épuisante même, car toujours en mouvements et curieuse de tout, elle passait son temps à chantonner et se raconter des histoires.
Et quelles histoires !
Compréhensibles pour elle seule, car exprimées avec ses mots, ses mots de bambine qui n’intéressaient pas plus que cela les adultes.

Dans la propriété familiale, fort modeste, mais qui avait l’avantage d’être close de murs et agrémentée de nombreuses petites dépendances, se dressait une maison en briques. Propriétaire qui possédait également une cour et un jardin-potager.
L’ensemble avait une superficie peu étendue, mais immense et riche en recoins pour la fillette qui en avait fait son domaine de jeux et surtout de rêverie.
Tout endroit se transformait en domaine féérique où son imagination jaillissait comme un torrent de montagne.

Comme elle parlait sans cesse, les adultes finissaient par ne plus faire attention à ses discours devenus bruit de fond..... Les adultes, lorsqu’ils quittent l’enfance, oublient vite l’enchantement de leurs premières années, trop occupés qu’ils sont aux problèmes du quotidien et aux soucis de l’avenir.
Alors, cette fillette allait parler aux animaux, car dans la propriété, il y avait, entre autres, quelques lapins.
Malheureusement, ceux-ci ne pouvaient s’évader de leur clapier, aussi, après une brève conversation en leur donnant un peu de paille à grignoter au travers du grillage, l’enfant trouvant l’entretien banal et tristounet, s’en allait ailleurs en quête d’un autre interlocuteur, plus éloquent celui-là.
Une chance, il y avait aussi Moussette, la chatte noire, plus disposée à écouter tout en surveillant alentour, mine de rien, le discours incessant. Une auditrice docile qui pouvait restait longtemps surtout si, en même temps, elle pouvait se chauffer au soleil.
Une aubaine pour la petite pipelette qui racontait, racontait, racontait.... tandis que la chatte dirigeait ses oreilles en fonction des inflexions de la voix enfantine.
Bon public, Moussette, devant cette actrice en herbe qui déclamait en faisant moult mimiques.
La chatte écoutait, visiblement, elle comprenait tout ce babillage, toute cette mise en scène qui aussi la berçait.

Cette petite fille aimait aussi dessiner, gribouiller aurait dit les adultes qui ne voyaient pas l’aspect créatif et artistique des chefs-d’œuvre illustrant à merveille les histoires et chansonnettes inventées.

Ce jour-là, la bambine fut appelée d’une voix impérative.
C’était la voix de papa.
Innocemment, docilement, elle s’approcha avec tout de même un peu d’anxiété.
La voix paternelle n’avait pas la douceur accoutumée pour un petit câlin, mais la dureté des moments de colère. Le regard paternel n’avait rien de chaleureux non plus. Il était noir et dur !
L’index de papa, dirigé vers le mur en brique, désignait des inscriptions, style hiéroglyphes, dessinées à la craie !
« Qui a écrit sur le mur ? » tonna la voix de papa.

La petite fille se dit qu’il fallait faire attention à la réponse afin de ne pas attiser plus encore, le courroux paternel.
« C’est toi ? » demanda papa.

Médusée qu’elle était la gamine. Elle sentait bien que la punition allait être exemplaire. Alors, d’une petite voix, du haut de ses quatre ans à peine, elle répondit avec aplomb !
« C’est Moussette. C’est elle, je l’ai vue ! »

Devant ce qu’il pressentait fortement être un mensonge, papa donna deux claques sur les fesses de sa fille – une pour avoir écrit sur le mur, la seconde pour l’évident mensonge – qui bien évidemment se mit à pleurer.
Après ces deux claques, papa réitéra sa question qui reçut la même réponse.
Non, c’était Moussette la coupable ! C’était la vérité !

Rien n’y fit. Ni la grosse fessée qui suivit, ni les punitions.
L’enfant ne changea rien à sa réponse.
C’était Moussette, un point c’était tout.

Quelle imagination tout de même ! Quelle petite menteuse entêtée !
C’était ce que papa avait pensé et voilà pourquoi, il avait sévi.
Il n’avait pas dû voir, papa, que Moussette s’était enfuie, pour se cacher. Cette fuite n’était-elle pas la révélation de sa culpabilité ?
Non ! Jamais, à aucun moment, il ne s’était dit, papa, que c’était évidemment Moussette qui avait écrit et dessiné sur les briques du mur et que son adorable petite fille n’avait pas menti.
Les parents sont vraiment très obtus.

Des dizaines d’années plus tard, cette histoire revenait sans cesse lors des réunions familiales.
Mais, Petite fille, devenue adulte, n’avait jamais varié sa réponse, accusant toujours Moussette du méfait qui n’était, tout compte fait, pas si grave que cela.
Une telle obstination, si longtemps après, n’était-elle pas le signe de l’innocence, contre cette injuste accusation ?

jeudi 12 avril 2018

Faites-vous souvent ripaille ?


Attention !

Il est parfois dangereux de faire ripaille.

Ripaille est un nom féminin attesté en 1579 et dérivé de l’ancien verbe « riper » utilisé pour « gratter » dans le langage de certaines spécialisations techniques.

On disait aussi dans le langage de la vie courante, en parlant des soldats, que ceux-ci « faisaient la ripaille» lorsqu’ils allaient s’approvisionner chez les paysans ou chez les bourgeois, avec cette notion de « racler les plats ». 
Attaché à ce « ripaille », cette petite notion de « rapace » ou « rapiat », tout de même (mot provenant également de « riper »).
Car, sans doute, cet approvisionnement ne consistait pas seulement à se contenter de restes raclés dans les plats, mais de tout prendre jusqu’à gratter les plats, sans en laisser une miette.
D’ailleurs, ces soudards ne prenaient pas que de la nourriture solide, ils vidaient bien aussi quelques tonneaux, aussi étaient-ils « en ripaille », c'est-à-dire complètement ivres.

Toujours dans cette fin du XVIe siècle, « faire ripaille » signifiait « faire grande chère ». En 1611, toutefois, une ripaille était une débauche à table.
En clair, « faire ripaille » était un grand repas plus que copieux, mais dans des mesures restant dans le raisonnable, alors qu’une « ripaille » était une gigantesque « grande bouffe », d’une goinfrerie inimaginable. Enfin, je pense pouvoir l’imaginer tout de même....

Le verbe « ripailler », en 1821, avait le sens de « faire bombance ». On disait aussi « bambocher » ou « bombancer », ou encore « riboter », « bringuer », « bomber ».......

Le ripailleur ou la ripailleuse était donc cet homme ou cette femme aimant faire ripaille.
Donc, un ripailleur est un homme qui ripaille et qui finit la journée « en ripaille ».
Vous suivez ?

Pour ma part, devant tous ces festins ripailleurs, je commence à avoir mal au cœur...... j’ai l’estomac tout retourné........ Je pense que je vais faire une indigestion......
Pouvez-vous me donner un verre de bicarbonate de soude ?
N’est-ce pas un remède efficace en cas de ripaille ?

  Pour cette petite histoire autour d’un mot,
Je me suis aidée du
« Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert.




mercredi 11 avril 2018

HISTOIRE DE VILLAGE - Un petit tour à Villettes


Plein comme une barrique !


« C’est point un mauvais gars ! » soupirait Marie Anne Pelletier, en soutenant sa tête des deux mains.
Saint-Vierge, qu’elle avait mal !
Ça tambourinait là-dedans comme quand le bedeau sonnait les cloches de l’église.
« Non, c’est point un mauvais gars...... sauf quand il est plein comme une barrique !

Pas un mauvais gars ? Ça, ce n’était pas tout à fait l’opinion de tous les habitants du village.
Mais, Marie Anne Pelletier ne voyait-elle pas son homme avec les yeux de l’amour ? Et ces yeux là sont souvent aveugles.

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Marie Anne Pelletier avait attendu bien longtemps avant de convoler en justes noces
Quarante-deux ans qu’elle avait !
Ce n’était pas faute d’avoir eu des occasions, mais sa mère étant décédée, elle n’avait pas souhaité laisser son père, seul.

Ce n’était pas sans une petite pointe au cœur qu’elle avait vu toute la jeunesse de Villettes passer devant le maire et le curé.
Au fil des années, la solitude lui pesait parfois, et surtout, ce qui lui manquait, c’était un petit bien à elle, qu’elle pourrait serrer dans ses bras.
Mais, n’allez pas croire que ce fut par dépit qu’elle épousa Jean Baptiste Delimegue.
Non ! Loin de là !
Elle lui trouvait belle tournure, et surtout, il savait parler, faire de belles phrases.
Bien sûr, il levait bien le coude et un peu trop même, mais que voulez-vous, il avait eu bien du malheur et il fallait bien se réconforter de temps à autre.
Le principal, pour Marie Anne Pelletier, c’était que cet homme-là, Jean Baptiste Delimegue, qu’elle s’apprêtait à épouser, fut travailleur.

Ce fut donc, en ce 26 septembre 1833, que Jean Baptiste Delimegue et Marie Anne Pelletier s’unirent en mariage, se promettant soutien et fidélité.
Le nouveau marié avait quarante-sept ans et la jeune épousée affichait quarante-deux printemps.

Quel bonheur ce fut, pour Marie Anne, que de se lever un matin nauséeuse. Jamais femme ne fut plus heureuse qu’elle lorsque, prise de vomissements, elle restait pliée en deux, le souffle coupé, l’estomac retourné, la bouche emplie d’un goût de fiel !
Elle en aurait souhaité encore plus !
Malgré cela, elle était rayonnante. Et, quand son ventre s’arrondit, c’était avait fierté qu’elle se promenait dans la rue principale de Villettes.
Même si l’accouchement ne fut pas aisé, elle accepta les contractions avec sérénité. Pas une plainte. Pas un cri. Seulement celui du nouveau-né lorsqu’il vint au monde en cejour d’été, 8 juillet 1834.
Une fille !
Une belle petite que le père, Jean Baptiste Delimegue, alla présenter à la mairie de Villettes, avant de se rendre chez le cafetier pour fêter dignement l’évènement.
Et ce jour-là, il revint au domicile conjugal « plein comme une barrique » !
Marie Anne Pelletier mit cet excès d’alcool sur le compte de la joie, mais aussi sur celui des souvenirs douloureux. En effet son mari avait perdu en l’année 1826 sa première épouse Marie Françoise Futrel et sa fille Françoise Appoline, âgée de huit ans.
Ce devait être trop pour cet homme que la vie avait brisé.

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La petite, baptisée Marie Françoise[1], poussait bien.
Le couple, lui allait cahin-caha, en fonctions des beuveries de Jean Baptiste. Mais, ce n’était pas tout .......

Jean Baptiste Delimegue avait une qualité. Il était travailleur.
Il possédait un peu de terre et quelques bêtes.
Il effectuait aussi des tâches, ici et là.
Jamais il ne manquait d’ouvrage.

Fin août, les moissons achevées, le droit de glanage fut accordé à plusieurs habitants nécessiteux de la commune, dont faisait partie Rose Vallée qui vivait seule avec sa petite.
Elle n’avait pas ménagé sa peine, la Rose, et de ce fait avait fait une bonne récolte.
Elle alla donc trouver Jean Baptiste  afin qu’il veuille bien effectuer le vannage.

« Çà m’ coût’ra combien ? demanda-t-elle.
-          Bin ! répondit Jean Baptiste en ce grattant le sommet du crâne.   J’ sais qu’ vous êtes une malheureuse, hein ! J’ va vous faire ça gratuitement ! J’ai bin pitié d’ vot’ sort, pardi ! J’ vous d’mand’rai comme rétribution qu’ la paille, pour nourrir mes bestiaux.

Rose pensa que ce n’était pas une mauvaise affaire, aussi consentit-elle, à ce marché.

Le soir de la journée de vannage, Rose vint constater le produit de son glanage qu’elle trouva fort maigre.
Pendant son inspection, Jean Baptiste, lui, rassemblait hâtivement la paille pour la mettre dans une pouque afin de l’emporter, comme lui en donnait le droit le marché conclu avec Rose Vallée.
Cette pouque semblait, toutefois, bien lourde.
Etait-ce une idée ou Rose avait-elle était leurrée ?
Il fallait qu’elle en ait le cœur net. Aussi, se hasarda-t-elle :
« I’ parait bin lourd, l’ sac, pour contenir que d’ la paille !
-          C’est-y qu’ vous traitez d’ voleux !
-          Loin d’ là, pardi ! j’ constate, c’est tout ! Mais, tout d’ même, j’ voudrais bin voir !

Le ton avait monté et des voisins, toujours à l’affût se quelque malentendu, intrigués, s’approchèrent.
Ce fut ainsi que la supercherie de Jean Baptiste Delimegue fut mise au jour. Il avait bien mêlé à la paille une quantité de grain. Un demi-boisseau[2]. Pas rien, tout de même !

Rose alla de ce pas porter plainte devant monsieur le maire qui chiffra le monta de l’amende, pour ce forfait, à vingt francs.

Marie Anne Pelletier fut meurtrie par ce délit, non seulement pour l’amende, quoique,
« Vingt francs, c’est une somme, pardi ! », mais surtout par les réflexions qu’elle entendit sur son passage :
« Un voleux, l’ Jean Baptiste ! Faut s’en méfier, moi, j’ vous dis !
-          On sait pour c’ vol, mais, si y’ en a eu un, y en a eu d’autres avant, ça c’est sûr !
-          C’est-y pas malheureux d’ voler les pauv’ gens !
-          Voilà, c’ que c’est que d’ s’ marier avec que’qu’un qu’est pas d’ chez nous !

Concernant la dernière remarque, il était exact que Jean Baptiste Delimegue venait de Brionne et que personne ne connaissait réellement ce qu’il était avant de venir à Villettes.
Méfiance ! Méfiance !

Monsieur le maire encaissa la somme de l’amende d’un montant de vingt francs, le 9 septembre 1844. Il ne la garda pas pour lui, loin de là, mais la redistribua comme suit :
A Rose Vallée, la somme de dix francs.
Au sieur Merrier, boulanger à Criquetot, en paiement du pain donné aux enfants d’Henriette Champion, trois francs.
A Marie Madeleine Grain, trois francs cinquante centimes.
A la mère Caron pour les enfants de son fils, trois francs cinquante centimes.


Bien évidemment, vous le comprendrez aisément, Jean Baptiste Delimegue, dont on se méfiait à présent de l’honnêteté, trouva de moins en moins de l’embauche et s’adonna de plus en plus à son penchant pour l’alcool.
Pourtant, Marie Anne Pelletier, l’épouse aimante, s’obstinait :
« C’est point un mauvais gars ! »

Oui, certes, mais alors pourquoi se retrouvait-elle, se tenant la tête à deux mains, en ce jour du 18 août 1845, dans la mairie de Villettes ?

-=-=-=-=-=-=-=-

Voilà !
La veille, 17 août 1845, Jean Baptiste Delimegue était rentré vers les neuf heures du soir, ivre à ne plus tenir sur ses jambes, trainant avec lui un relent d’alcool épouvantable et persistant, et, bien que n’ayant reçut aucun reproche, il avait hurlé d’une voix pâteuse :
« Et pis, toi, hein, dis rin ! »
Il avait alors ponctué cette petite phrase hargneuse en assenant un coup de poing magistral sur le crâne de son épouse avant de bousculer la petite Marie Françoise qui chuta lourdement sur le sol de terre battue, en hurlant.
Entendant tous ces cris, l’homme furieux devint de plus en plus menaçant.

Ce remue-ménage alerta les proches voisins qui accoururent au plus vite pour porter secours.
Il y avait là, Jean Baptiste Bourdon qui essayait de calmer le forcené et Adolphe Bourder qui en profita pour emmener la mère et la fille hors du domicile conjugal, afin de les mettre hors du courroux de Delimegue.

Voilà pourquoi, le lendemain, Marie Anne Pelletier déposait plainte contre son époux pour coups et blessures ;
« Pas un mauvais bougre, sauf quand il est plein comme une barrique !! répétait-elle, peut-être tout simplement pour s’en persuader elle-même, mais cela arrivait de plus en plus fréquemment, et cette fois-ci, il s’en était pris à la petite Marie Françoise, et ça, en mère attentive, Marie Anne Pelletier ne pouvait l’accepter.

Le soir, la pauvre femme alla coucher, avec son enfant, chez le sieur Guerard, cultivateur à Villette, chez qui elle trouva asile.

-=-=-=-=-=-=-=-


Le couple Delimegue-Pelletier résista-t-il ?
Résista-t-il, encore, après cette nouvelle plainte pour vol, déposée le 28 octobre 1855 ?

Encore une plainte pour vol ?
Je sens que vous voulez en savoir plus.
Je ne vais donc pas vous faire languir plus longtemps.


Le marquis Charles Théodore Casimir de Toustaint de Limesy, demeurant à Canappeville, possédait des terres sur le territoire de Villettes, au triage de la porte du Neubourg. Quatre-vingt treize ares. Une belle terre entretenue et surveillée par le sieur Bernay, fermier dudit marquis.
Sur ce terrain, des poiriers qui étaient propriété de ce marquis, bien évidemment.
Et savez-vous quoi ?

A l’heure où tout individu était sensé dormir profondément, à quatre heures et demie du matin, le 27 octobre 1855, deux hommes veillaient.
Le premier, Jean Baptiste Delimegue, qui ramassait des poires sous les poiriers dans le champ du marquis Charles Théodore Casimir de Toustaint de Limesy, justement.
Le second, le sieur Bernay qui vadrouillait par les chemins de Villettes, surveillant les biens qui lui avaient été confiés. Et il avait eu raison, le sieur Bernay, car sans sa petite virée nocturne, il n’aurait pas surpris Jean Baptiste Delimegue, dérobant des poires.


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En fait, rien de bien extraordinaire ! Toutes ces petits délits étaient courants.
Pas excusables pour autant. N’allez pas me faire dire ce qui ne m’effleure même pas l’esprit !
Mais, en ce XIXème siècle, ils pouvaient entrainer des peines de prisons, surtout si il y avait récidive.
Et, présentement, c’était le cas !

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Sur l’acte de décès de Marie Anne Geneviève Pelletier, en date du 13 juillet 1869, nous pouvons lire :

« .... décédée dimanche onze juillet mil huit cent soixante neuf à neuf heures du soir en son domicile situé à Criquetot hameau de Villlettes, soixante-dix-sept ans sept mois quatorze jours, née en cette commune le vingt sept novembre mil sept cent quatre vingt onze, fille de Lambert Michel Alphonse Pelletier et Marie Anne Dubos, veuve de Jean Baptiste Delimegue..... »

Jean Baptiste serait donc décédé entre le 28 octobre 1855 et le 13 juillet 1869, mais ce ne fut pas à Villettes.

Encore une petite plainte découverte
dans les registres de Villettes.
« Faits divers et fréquents »




[1] Vous remarquerez, lecteurs, que la petite avait reçu les mêmes prénoms que la première épouse de Jean Baptiste. Marie Anne en fut-elle fâchée ? En ce qui me concerne, j’aurais été furieuse !!!!
[2] Environ 14 kgs