mercredi 15 novembre 2017

Un drôle de zigue !!



Zig ou zigue ?
Ce nom masculin s’orthographiait «zig », en 1835 et « zigue », en 1867.
Mais d’où provient ce mot ?
Sans doute de la transformation de « gigue », désignant en particulier «une fille » ou en général « une personne enjouée », quel que soit son sexe.

Vers 1892, il qualifiait un individu, un type....
Peu après on lui attribua le qualificatif de « Bon », ce qui en fit un « bon zigue » ! Voilà qui était plus sympathique !
S’ensuivirent plusieurs d’autres dérivés, presque une conjugaison : « mésigue, sésigue...... », et également « zigoto » en 1900, qui pouvait s’écrire « zigoteau ».
Et, comme tout évolue, le mot « zigue » prit une autre apparence, par Leon Sazie dans son roman d’aventures, « la bande des zigomars ».
Oui, cette bande de zigomars qui n’était autre qu’une bande de malfaiteurs peu recommandable effectuaient de mauvaises actions, des crimes également. Ces zigomars, en effet, « zigouillaient » les personnes leur mettant des bâtons dans les roues !

Mais attendez, ce n’est pas tout !

Un « zigue-zigue » était un mauvais couteau ;
Ce qui n’empêchait pas qu’avec un « zigue-zigue », on zigaillait.
« Zigailler » : couper maladroitement.
A l’occasion avec un « zigue-zigue », on pouvait zigouiller aussi ......

Vous me suivez toujours ?
Alors, je vous fais une annonce.
Des zigomars ont zigouillé un zigue qui passait, avec une zigue-zigue.
Quel zigouillage !
Ils avaient sapé le travail, ayant plutôt zigaillait le pauvre passant.
Un vrai carnage !


Pour cette petite histoire autour d’un mot,
Je me suis aidée du

« Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert

mardi 14 novembre 2017

HISTOIRE DE VILLAGE - J’attendrai le temps qu’il faut !




Elle était déterminée, Clarisse, peu importaient les commérages des mauvaises gens qui lorgnaient son tour de taille épaissi. Elle ne céderait pas ! Elle élèverait son petit et attendrait son amoureux autant de temps qu’il faudrait. Oui, il reviendrait son Félix. Il lui avait promis !

« Tous des beaux parleurs, tu verras, ma fille ! lui avait dit Marie Victoire Charpentier, sa mère avec une pointe d’ironie devant la naïveté de sa fille. J’ sais tout c’la, va ! C’est toujours la même rengaine ! Et j’ te promets ! Et j’ te promets !......... et rien au bout du compte ! Les gars, ça s’ défilent ! »

Certains soirs, caressant son ventre, Clarisse finissait par douter. Il allait en rencontrer d’autres, c’était certain. Oui, des plus jolies, des plus intelligentes, des plus fortunées. Il allait l’oublier.... Si ce n’était pas déjà fait ! Et elle, naïve et amoureuse, elle resterait, là, toute seule avec son petiot.

Pourtant, ce fut avec fierté, que Clarisse Cavelier[1] alla, comme la loi l’imposait, déclarer, le 11 avril 1854, sa grossesse en mairie, et nomma comme père du petit à venir : « Félix Dupré[2], garçon bourrelier de Saint-Opportune-la-Campagne ».

Mais, le temps qui passait et rien à l’horizon. Pas de Félix, en tout cas !

Lorsque les premières douleurs prévinrent Clarisse que le moment était venu, elle fut prise de panique. Non pas qu’elle craignait les douleurs de l’accouchement, appelées « mal joli », mais de devoir affronter la vie, seule, avec le petit être qui allait arriver. Elle savait que ses parents ne la rejetteraient pas. S’ils avaient dû le faire, c’eut été au début de sa grossesse.
Mais, elle aurait préféré partager les premiers mois de la vie de son enfant avec celui qu’elle aimait et espérait toujours.

«  C’est une fille, et elle a déjà du caractère ! s’écria la matrone en soulevant le nouveau né qui braillait.
-          Une fille, pensa Clarisse qui aurait préféré un garçon pour pouvoir lui donner le prénom de son père. 
-          Et comment elle va s’appeler, cette demoiselle ? se renseigna la matrone avec un large sourire en déposant le nourrisson au creux du bras de sa maman.
-          Alphonsine Félicie.

En ce 1er juin 1854, à huit heures du matin, soit une heure et demi après sa naissance, Florentin Voiturier, le boulanger de Marbeuf qui avait assisté à la naissance, alla présenter la petite Alphonsine Félicie afin que son acte de naissance soit établi. Il était accompagné de Edouard Lefebvre, l’instituteur de la commune et Joseph Moulinet, jardinier de son état, qui tous deux témoignèrent que la mère de la petite était bien Clarisse Cavelier, et que l’enfant était né de père inconnu.

La petite Alphonsine Félicie grandit comme tous les enfants, entre ses grands-parents maternels et entourée de ses cousins et cousines, et de sa maman, blanchisseuse et repasseuse, qui ne manquait pas d’ouvrage et espérait toujours, secrètement un certain retour .....

-=-=-=-=-=-=-

     Félix Dupré pensait aussi à Clarisse Cavelier. Mais un garçon, devenu homme, se devait de donner une partie de sa jeunesse à la Patrie. Déclaré « Bon pour le service », il n’y avait aucune dérogation possible sauf pour les plus fortunés, en payant un remplaçant.

Lorsque Félix Dupré revint de l’armée, il finit par apprendre que celle qu’il avait connue, courtisée, et plus encore, à l’automne 1853, avait eu un enfant.
« Rien d’étonnant, pensa-t-il avec une petite pointe d’amertume. Elle a trouvé un galant, et l’a épousé. Et pis, c’est ben d’ ma faute tout ça, j’ lui ai jamais écrit. D’abord, j’sais point trop ces choses-là. »

Mais, les commérages vont vite, vous le savez bien !

Félix apprit que l’enfant était une fille.
Qu’importait, d’ailleurs, à présent !
Et que cette petite avait trois ans.
Calculant, Félix, se sentit trahi. Elle n’avait pas attendu longtemps, la péronnelle, pour se marier !
Que cette petite s’appelait Alphonsine Félicie.
Félicie ! Pourquoi pas ! Simple coïncidence ! Clarisse devait aimer ce prénom.
Mais surtout, que Clarisse Cavelier n’était pas mariée.
Pas mariée ! Cette dernière information balaya toutes les précédentes.
Alors, Félix Dupré se mit à compter sur ses doigts. Oui ! Jusqu’à neuf !
Serait-ce possible que cette petite fille soit de lui ?

Il en parla à sa mère, Rose Marguerite Duprey, qui avait déjà été mise au courant, par la rumeur, bien évidemment.

« Et si c’était, l’ mien ?
-          Va pas t’ mett’ ça en tête ! Tu sais, les filles......
-          Pas elle !
-          Elle comme les autres. Faut pas s’ fier aux filles, j’ peux te l’ dire ! Tu vas point t’embarrasser d’ ça ! Y’ a combien d’ chance qui soit d’un aut’, l’ gosse ? J’ va te l’ dire. Des tas !
-          Elle est point comme ça. J’ veux savoir !
-          Elle comm’ les autres ! J’ t’aurai prévenu, mon gars !

-=-=-=-=-=-=-

Félix Dupré fit le déplacement jusqu’à Marbeuf. Il voulait savoir.
Si l’enfant était le sien, il était de son devoir de le reconnaitre, de l’élever et d’épouser sa mère.

Dans la cour de la masure du père Cavelier, jouait une petite fille. Une bien jolie petite fille.
Félix, caché derrière une haie, observait la gamine, cherchant une ressemblance quelconque avec lui. Enfin, un petit quelque chose qui pourrait lui  donner la certitude qu’il attendait, qu’il espérait. Mais il était trop loin. Et puis,  il était un homme, et les petits ce n’était pas son affaire. Un enfant ressemblait à tous les enfants. Enfin, il le croyait.

La porte de la masure s’ouvrit et apparut Clarisse portant un panier de linge. A cette apparition, bien qu’ayant un fort désir de se précipiter vers la jeune femme, afin de la serrer dans ses bras, Félix recula. Il ne souhaitait pas être surpris à espionner de la sorte.
Clarisse s’approcha de sa fille, se pencha sur elle et déposa un baiser sur ses cheveux, avant de s’éloigner avec un geste de la main. Félix regardait la scène, le cœur battant et débordant d’amour, mais il se ressaisit et s’éloigna à grands pas.

Félix avait besoin de faire le point. Ses sentiments n’avaient pas changé. Il en était certain à présent.  En revanche, quels étaient ceux de Clarisse envers lui ?
Sa fuite ne lui apporterait pas de réponse. Si il voulait savoir ce qu’il en était, il se devait d’affronter la vérité, quelle qu’elle soit. Il revint alors sur ses pas, se demandant comment aborder la jeune femme.
Que lui dire, après toute cette longue absence ?
Qu’il s’était souvenu d’elle, comme cela, en se levant ce matin, et qu’il était venu prendre de ses nouvelles ?
Non ! Il fallait qu’il dise la vérité.
Et cette vérité, c’était qu’il n’avait jamais cessé de penser à elle et que libéré après des mois sous les drapeaux, il avait appris.......

Il n’eut pas besoin de phrases, non, car tout à ses pensées, il se sentit observé. Levant les yeux, à quelques mètres de lui, il la vit, elle, immobile, incrédule, les yeux écarquillés. Leurs regards se croisèrent.
Clarice lâcha alors le panier qu’elle portait et se précipita vers Félix qui ouvrit les bras pour la recevoir. A ce moment, tous les doutes, toutes les suspicions s’envolèrent.

-=-=-=-=-=-=-

En ce 30 octobre 1858, le maire de Marbeuf unit en mariage Félix Dupré, bourrelier, âgé de vingt-six ans et Clarice Cavelier, blanchisseuse, vingt-six ans également. Présente au mariage de ses parents, Félicie fut reconnue par ceux-ci. Elle perdit le nom de Cavelier pour prendre celui de Dupré. Mais peu lui importait !

Lorsque le nouveau couple sortit le l’église, les cloches n’avaient jamais sonné aussi joyeusement. Clarice, au bras de son époux redressait la tête, fièrement. Elle pensait aux réflexions désobligeantes qu’elle avait entendues pendant les quatre années passées.
Cette union, la faisant maintenant, Clarice Cavelier, femme Dupré, clouait le bec à bien des commères. Bien fait !
Mais en ce jour tant attendu, Clarice oublia vite toutes les humiliations subies. Devant elle, s’ouvrait une nouvelle vie et elle voulait en profiter pleinement.

Malgré cette fin heureuse, et peut-être justement en raison de celle-ci, on chuchota encore des méchancetés. C’est ainsi, le bonheur des autres attise toujours des jalousies !
Toutefois, certains pensaient en regardant les jeunes mariés :
« Un brave et honnête garçon, ce Félix ! »

Oui, un brave garçon...... A moins que ne ce soit ça, l’amour.
Mais, « chut ! », les gens honnêtes ne parlent pas de ces choses-là !




J’ai trouvé dans les registres de Marbeuf,
la déclaration de grossesse de Clarisse.

Puis, dans les actes d’Etat Civil,
le mariage de cette jeune femme, avec,
justement, celui qu’elle avait désigné comme
le père de l’enfant à venir.

 Et ce jour-là, ils reconnurent l’un et l’autre leur petite Félicie.

J’ai donc reconstruit leur histoire,
Avec l’envie d’être un peu « fleur bleue », pour une fois !



[1] On trouve aussi « Gavelier » sur les actes.
[2] On trouvé aussi « Duprey » sur les actes.

Histoire comme je les aime !

Histoire comme je les aime, au fil des idées qui me viennent...
Et si on prenait la terminaison « on » ?


Potirons, marrons et champignons  cuisaient à gros bouillons dans un chaudron.
La maison de Léon, un maçon originaire de Besançon, en raison de cette cuisson, sentait bon.

Sur le paillasson devant un meuble aux rayons emplis de flacons, un chaton aux yeux vairons, jouait avec un bouchon, effectuant des bonds.

Léon, les cheveux blonds et longs, le menton rond, un verre de bourbon à la main, les pieds dans des chaussons, lisait dans le salon son feuilleton qui parlait d’un bataillon d’espions qui passaient devant un peloton d’exécution, pour trahison. Quelle imagination !
Il portait les lorgnons hérités de son tonton Gaston, mort au Gabon d’une piqûre de scorpion. Aucune injection ou potion antipoison pour sa guérison. Quelle désolation !

Un bourdon, au plafond, attira l’attention de Léon. Il avait une aversion pour les bourdons et les frelons aussi, armé d’un torchon, il prit la décision de l’ôter de sa vision.

Dehors, une procession de canetons passait devant le portillon et un griffon, sur le gazon, jouait avec un bâton.
Près du bassin à poissons, des oisillons faisaient leurs ablutions avec application.
Sur le balcon de la maison, un couple de pigeon roucoulait en picorant un croûton, jeté à leur intention.



Avez-vous une idée de ce qui va se passer ensuite ?

mercredi 8 novembre 2017

Connaissez-vous Louis Bourdaloue ?



Rassurez-vous, je ne soupçonnais même pas, non plus, son existence jusqu’à ce jour.
Et pourtant,  en son temps, il ne passa pas inaperçu !

Brillant prédicateur, né à Bourges, le 20 août 1632, Louis Bourdaloue, jésuite, fut connu pour la qualité de ses sermons qu’il avait l’habitude de déclamer théâtralement, les yeux fermés.
Par son talent « d’orateur », il acquit très vite une excellente réputation. Si bien, qu’il finit par venir prêcher à la cour, la « Grande Cour », celle de Louis Le Quatorzième, à Versailles  où il lui fut attribué le surnom de « roi des prédicateurs, prédicateur des rois ».
Quel succès !

Oui, mais...... ses sermons étaient longs, très longs, interminables et ............ les vessies avaient bien du mal à contenir.... enfin, vous avez compris.
Surtout que, pas question de sortir de la chapelle de Versailles, c’eût été inconvenant !

Que faire ?
Les femmes se tortillaient sur leurs chaises.
Je suis même certaine qu’il y eût quelques petits accidents.........

Il fallait remédier à cet inconvénient, et très vite. Pas question de ressortir de la chapelle les jupons et les dentelles souillés.

Qui eut cette idée géniale ? Alors là, mystère !
Les « grandes dames de la cour » se munirent d’un accessoire, sorte de récipient oblongue, en clair un pot de chambre mais de forme allongée, dont elles se servaient, le cas échéant, le plus discrètement possible.
Rappelez-vous que Louis Bourdaloue prêchait les yeux fermé, au moins lui ne voyait rien.
Et ce récipient, qui pouvait aussi ressembler à une saucière, prit le nom de Bourdaloue !
Tout de même, donner le nom d’un prêtre à un objet placé proche de l’intimité féminine !!

Le chapeau de ce prêtre était entouré d’un gros-grain, accessoire peu utilisé à cette époque, et qui fut appelé « Bourdaloue ».

Une tarte du nom de Bourdaloue, qui, ma foi devait être fort bonne, fut créée par un pâtissier qui avait pignon sur la rue Bourdaloue à Paris.
Cette « tarte bourdaloue » était, en fait, un entremets chaud de frangipane et de poires, saupoudré de macarons écrasés.
Hum !!!! Cela devait être quelque chose !

Louis Bourdaloue décéda à Paris le 13 mai 1704.


Je souhaiterais toutefois, avant de clore ce petit écrit, vous mettre en garde.
Si vous aimez chiner. Si vous aimez la vaisselle ancienne. Demandez bien la provenance et l’utilisation faite antérieurement des objets de forme ovale, que l’on pourrait vous présenter.


Pour ma part, à présent, je regarderai d’un autre œil tout objet portant le nom de saucière !
Mieux vaut être prudents !

Pour cette petite histoire autour d’un mot,
Je me suis aidée du
« Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert


HISTOIRE DE VILLAGE - Immonde !



Où les méchantes gens vont-ils chercher de telles idées pour nuire aux autres ?
Incroyable !


Cela faisait bientôt dix-huit mois que Marie Magdeleine Couturier vivait son veuvage. Son mari, Pierre Romain Lefranc, s’en était allé, un après-midi d’hiver, d’une mauvaise toux, d’une mauvaise fièvre. C’était le 7 février 1822.
Ainsi va la vie !......
A cinquante-sept ans, Marie Magdeleine Couturier s’était retrouvée seule, et il lui fallait bien poursuivre le chemin.
Il fallait bien faire l’ouvrage, aussi. Oh, elle ne se plaignait pas, non, elle n’en avait pas le droit. Elle avait un toit.
Enfin, il faut bien supporter ses petites misères. Pas vrai ?
La plupart de ses petites misères, d’ailleurs, lui venaient de sa belle-sœur, la Marie Anne, la femme au Jean Thomas Lefranc, le frère de son défunt.
Le Jean Thomas rendait quelques menus  services à sa belle-sœur. Il lui donnait la main comme on dit. Ce qui n’était pas du goût de l’épouse.
Quand je dis « misères », ce seraient plutôt des « tracasseries ».
Une remarque par-ci, une autre par-là. Un déversement de fumier dans le jardin. Des taches intentionnelles sur le linge séchant sur la haie..... Enfin, ce genre de désagréments.
Elle se plaisait, également, la Marie Anne, à dire haut et fort à qui voulait l’entendre :
« C’est point parce qu’elle a plus d’ mari, cette garce, qu’il faut qu’elle prenne c’lui des autres ! »

Dans la commune de Saint-Aubin-d’Ecrosville, il y avait plusieurs fours appartenant à des propriétaires et que ceux-ci prêtaient ou louaient aux proches voisins. Les deux belles-sœurs utilisaient le même four, celui appartenant à la famille Chedeville dont le vieux Carbonnelle, le fermier des Chedeville, possédait la clef.
Ce matin-là, 16 juillet 1823, Marie Madeleine Couturier avait demandé la clef, afin de faire cuire de la viande.

-=-=-=-=-=-=-=-

« Qu’est-ce que c’est que cette odeur ! Quelqu’un est tombé dans le purin ? »
La voix du maire tonna dans la maison commune de Saint-Aubin-d’Ecrosville.
Devant lui, venait d’apparaître la veuve Lefranc, portant un pot de terre, qu’elle posa sur le bureau, sous le nez de l’élu.
Celui-ci se recula avec des haut-le-cœur et hurla :
« Voulez-vous bien enlever de sur mon bureau cette puanteur ! Ne savez-vous pas que vous devait respecter ce lieu ?
-           C’est point ma faute, M’sieur l’ maire ? C’est qu’ j’aurai ben aimé pas vous apporter ce pot !
-          Alors pourquoi l’avez-vous fait ? J’ai des choses bien plus importantes à gérer que le contenu d’un pot d’excréments !
-          Sauf vot’ respect, M’sieur l’ maire, c’est ben justement là l’problème ! Le pot d’excréments, comme vous dites, bah, c’est mon fricot !

Interloqué, le maire mit un moment à répondre ? Son premier reflexe aurait été de répliquer :
« Comment pouvez-vous manger une cuisine pareille ? »
Mais, il se ravisa pour simplement dire :
« Votre diner ?
-          Eh oui ! Du moins ce qu’ il est dev’nu, mon fricot après  l’avoir déposé dans l’four hier, afin qu’ i’ cuise !

Puis, basculant légèrement le pot vers le maire, elle précisa :
« Tenez ! R’gardez ! »

Le maire n’avait pas envie de regarder. Mais pouvait-il faire autrement ? Aussi, précautionneusement, retenant sa respiration, il jeta un regard avec une mine dégoutée sur le contenu du récipient.
« Oh ! Mais, c’est quoi ça ?
-          D’ la viande ! répondit la  veuve. Ça s’ voit pas ?
-          Mais, dans quoi baigne-t-elle, cette viande ?
-          Bah voyons ! J’ pense qu’ c’est un mélange de bouse et de crottin.
-          Mais, qui a fait cela ?
-          Oh ! moi, j’ai ben mon idée !
-          Ah ! et quelle est-elle ?
-          Ma belle-sœur, pardi ! La femme au Jean Thomas, l’ frère d’ mon défunt !
-          C’est grave d’accuser sans preuve. Comment pouvez-vous l’affirmer ?
-          Parce qu’elle avait la clef du four et qu’elle est v’nue après moi.
-          Le fait de détenir la clef du lieu ne fait pas d’elle la coupable ? Pourquoi aurait-elle fait ça ?
-          C’est qu’elle est jalouse ! Comme ci qu’ j’allais lui prendre son homme !
-          Ce n’était pas le cas ? Se hasarda le maire qui souhaitait tout de même faire le jour sur cette affaire scatophile.
-          Oh que non ! Elle peut l’garder son homme. I’ m’aide pour les durs travaux, ren d’ plus !

Le maire hocha la tête, il était bien connu, dans la commune, que la Marie Anne Bourdon, femme Lefranc, se plaisait à médire sur sa belle-sœur et à lui jouer des tours à sa façon. Mais, ne disait-on pas, aussi, que les coups étaient bien souvent rendus.
Histoire de famille, comme il y en avait tant !

Marie Magdeleine Couturier, veuve Lefranc déposa une plainte que le maire transcrit sur le registre de police. Après cette formalité, il fut bien heureux de voir le pot s’éloigner de son bureau. Mais, à vrai dire, le fumet persistant de ce curieux ragoût flotta encore quelques jours dans la maison commune.

Monsieur le maire alla, sûrement, sermonner la Marie Anne qui dut nier être celle qui avait cuisiné la viande de sa belle-sœur, en y ajoutant des ingrédients nouveaux et peu employés.



Jean Thomas Lefranc décéda le 30 septembre 1827. Marie Anne Bourdon devint veuve, comme sa belle-sœur.

Cet état de veuves rapprocha-t-il les deux femmes ?



Dans un des registres des séances
du Conseil municipal de Saint-Aubin-d’Ecrosville,

une plainte qui méritait de vous être conter !

lundi 6 novembre 2017

HISTOIRE DE RIRE - C'est le printemps !



C’est le premier jour du printemps. Un jour prometteur d’une journée douce et agréable.
Dans son lit, un homme s’éveille. Il se frotte les yeux. Il bâille, bouche grande ouverte. Il s’étire. Il se lève, enfin, et ouvre bien grand la fenêtre de sa chambre. Dehors, il fait bon. Le ciel s’étend, d’un bleu uni, à perte de vue. Les oiseaux chantent, heureux de n’avoir plus froid.
L’homme met la radio et chantonne en se préparant un petit déjeuner à la mesure de son appétit.
Une douce voix, après les informations du matin, annonce :
« Bonjour ! Aujourd’hui c’est le premier jour du printemps. Regardez le ciel. Il est bleu et le soleil est radieux. Une belle saison ! Une belle  journée ! N’hésitez à vous faire plaisir ! »

Se faire plaisir, en voilà une bonne idée ! Et c’est bien ce que cet homme va faire, puisque, justement, il est en congé !

Prenant tout son temps, il s’habille et décide d’aller faire une petite promenade.
Sur le trottoir, devant son logement, il sort un paquet de cigarettes, tire une cigarette de ce paquet et s’apprête à l’allumer à l’aide de son briquet. 
Pour cet homme, fumer est un plaisir........ Il a bien souvent essayé d’arrêter, mais il remet toujours sa décision au lendemain.

Soudain, son regard tombe sur une pancarte : « Interdiction de fumer ».
Il soupire et range briquet et cigarette.

« Pourquoi ne pas aller dans le parc ? » pense-t-il.

Pourquoi pas, en effet ? Par un si beau temps, le parc doit commencer à fleurir.
L’homme flâne dans les allées. Après avoir marché dans un moment, il décide de s’asseoir afin de profiter, un temps, de l’endroit, paisible et calme.
Oui, mais ....... chaque banc affiche un message : « Attention ! Peinture fraîche ! Ne pas s’asseoir ! »

« Quelle poisse ! » pense l’homme, un tantinet mécontent.

L’homme poursuit donc sa promenade, s’arrêtant devant les massifs de fleurs qui sont animés de diverses couleurs.
Devant chaque massif, le nom des fleurs, mais aussi........ Cette inscription :
« Interdiction de cueillir les fleurs »

Notre homme commence tout de même à être un peu fatigué. Puisqu’il ne peut s’asseoir sur les bancs, il pourrait, peut-être, se reposer sur les pelouses.
Chouette ! Ça, ce serait une riche idée !

« Oh non ! s’écrit-il, en lisant un panneau notifiant cet ordre :
« Interdiction de marcher et de s’asseoir sur les pelouses »

Que faire ?
Partout, il n’y a qu’interdictions !

Alors l’homme que la mauvaise humeur commence à envahir s’en retourne chez lui, d’un pas lent, les mains dans les poches.

De retour dans son appartement, il referme la fenêtre sur le ciel bleu et allume la radio.

La même voix demande aux auditeurs :
« Alors, vous avez passé une bonne journée à vous faire plaisir ? »

Trop, c’est trop !


L’homme se laisse tomber sur son lit, tire la couverture sur lui, et puisqu’il ne peut rien faire, se réfugie dans le sommeil.

mercredi 1 novembre 2017

HISTOIRE DE VILLAGE - Querelle de ménage.

Querelle de ménage !


Quand Thérèse Julie[1] Leheu vint déposer plainte à la mairie de Marbeuf, le vendredi 20 septembre 1833, monsieur le maire ne fut pas étonné. Il savait par les on-dit que depuis son mariage, la plaignante subissait les maltraitances de son époux.
« S’en est trop ! déclara Marie Julie. J’vas finir par me r’trouver au cimetière. C’est qu’aujourd’hui, il a essayé de m’étrangler. »

Monsieur le maire constata, en effet, que le cou de la pauvre femme portait des marques qui ne pouvaient être que celles des doigts de son agresseur.

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Marie Julie Leheu, âgée de vingt-cinq ans, avait vu le jour le lundi 18 avril 1808 à Crosvrille-la-Vieille. Elle avait épousé trois années plus tôt[2], dans son village natal le sieur Jean Jacques Mauxe Harent.
Quelques mois après les épousailles, elle se lamentait déjà :
« Mais qu’est-ce qui m’a pris de m’ marier avec c’t homme-là ? »
Mais, il était trop tard pour se lamenter, car en sa qualité de femme et d’épouse, elle vivait sous l’autorité maritale.

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Après avoir enregistré la déclaration de Marie Julie Leheu, épouse de Jean Jacques Mauxe  Harent, le maire conseilla à celle-ci de retourner chez son époux.
« Il ne faudrait  pas qu’il déclare aux autorités que vous avez abandonné le domicile conjugal.
-          Alors, rétorqua Marie Julie, ce s’rait-y qu’il a l’ droit de m’tuer ?
-          Nous ne disons pas cela, bien au contraire. Il est évident que votre époux ne doit pas vous infliger de maltraitances, mais la loi oblige les épouses à rester au foyer. C’est ainsi.
-          Si c’est la loi, alors ! s’exclama la pauvre femme, je r’tourne me faire tuer !

Mais, monsieur le maire la rassura. Il promit de passer chez elle et de raisonner son mari. Oui, bien sûr, monsieur le maire pouvait passer...... Mais Thèrèse Julie  savait que toutes ces parlottes ne donneraient absolument rien et qu’elle recevrait encore et toujours des coups.
Certaines femmes qui, malheureusement, subissaient le même sort l’avaient prévenue :
« Va pas t’ plaindre, ce s’ra pire après ! C’est not’ lot à nous les femmes ! »

« Quelle misère ! se disait Thérèse Julie sur le chemin qui la ramenait vers son tortionnaire. Et l’angoisse lui étreignit les entrailles.
Et c’est qu’elle avait raison d’avoir peur la pauvre femme, car elle fut accueillie, chaleureusement, par son époux !
Jean Jacques Mauxe, armé d’une fourche, l’attendait de pied ferme et en la voyant hurla, menaçant :
« D’où tu viens, hein ? D’où tu viens, charogne ? T’as été t’ plaindre ? Et bien, j’ vas t’ donner des raisons de t’ plaindre moi ! Attends un peu ! »

Et l’homme vociférant de plus belle, lançant des injures, fonça la fourche en avant sur sa malheureuse épouse qui s’enfuyait en hurlant.

« Au secours ! criait affolée, Thérèse Julie.
-          Ah, garce ! Propre-à-rien ! Attends un peu, j’ vas t’ faire ton affaire ! »
Et peut-être, qu’en effet, la pauvre femme serait morte transpercée par les dents de la fourche, si des voisins, alertés par ses hurlements, n’étaient accourus et n’avaient maîtrisé, à grand peine toutefois, le forcené.

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Retour à la case départ, devant monsieur le maire, pour relater les faits en présence, cette fois, des témoins :
Clotilde Vedie, Barbe Durand, Jacques Gabriel Levif et Benjamin Guillard.

La nouvelle plainte enregistrée, Thérèse Julie retourna, tremblante et la peur au ventre, chez son mari.
Avait-elle un autre choix ?
Retourner chez ses parents ? Tous deux étaient décédés, alors !
Divorcer ? Si la loi l’autorisait, cette pratique était toutefois peu utilisée !
Alors ?
Les femmes prenaient « leur mal en patience» !

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La plainte  ou plutôt les deux plaintes aboutirent-elles amenant le couple à comparaître  devant le juge de paix ?
Le mari violent, sermonné par le maire et peut-être par le juge de paix, se calma-t-il ?
Les époux se « rabibochèrent-ils » ? 
Je n’ai rien en ma possession pour le certifier.

Ce que je peux affirmer c’est qu’ils n’eurent pas de descendants.
Etait-ce la raison de la fureur de Jean Jacques Mauxe Harent contre sa femme. Dans un couple, le cas de stérilité, incombait toujours à la femme.

Thérèse Julie décéda, à Marbeuf, le dimanche 27 mars 1864 à cinq heures du soir.
La déclaration en mairie fut effectuée par monsieur l’instituteur, Augustin Galopin, et non par le mari.

Le mari ?
Jean Jacques Mauxe Harent[3] rendit l’âme, le 21 décembre 1881 à sept heures du soir. Il avait soixante-quinze ans.






[1] Sur le registre de délibération de Marbeuf les prénoms déclinés sont « Thérèse Désirée », mais il s’agit de Thérèse Julie, selon les registres d’Etat Civil.
[2] Mariage le 27 septembre 1830.
[3] A peine un an avant son décès, Jean Jacques Mauxe Harent avait convolé en justes noces avec demoiselle Marie Henriette Queteuil, âgée de 57 ans. Mariage le 2 avril 1881 à Marbeuf.