jeudi 19 octobre 2017

Faut nous l’changer !



Devant la porte close de l’Eglise de Marbeuf, un groupe de femmes. D’abord interloquées, elles commencent à s’agiter mécontentes.

« Il est pas encor là, not’ curé ? Interrogea l’une d’elle.
-          La porte de l’église est fermée ! Lança une autre.
-          Et not’ bedeau ? Vous l’avez vu ? Questionna une troisième
-          Il est point là, non plus !
-          J’ m’ disais b’en qu’ j’avais point entendu les cloches
-          C’est y qui s’rait malade, not’ bedeau ?
-          Et not’ curé alors ?
Et ainsi de suite............

Jusqu’au moment où une petite femme, ronde de partout, s’exclama  avec force :
«  Not’ curé ! C’est point la première fois qui n’ vi’nt pas ! S’i va pas bien, faut nous l’changer !
-          Oui, elle a raison, la Marguerite, faut en mettre un autre de curé !
-          Changer not’ curé ! s’exclama d’une voix timide une jeune femme au visage poupin, comme s’il s’agissait d’un sacrilège.

Les conversations qui prenaient allure de révolte furent interrompues par le bedeau qui, tout essoufflé, arrivait en courant. Il eut, d’ailleurs, bien du mal à reprendre haleine.

« Alors ? Y a pas d’ messe, ce matin, lancèrent, à l’unisson, toutes ces femmes, fort dévotes.
-          Bah ! répondit le bedeau, très gêné. C’est qu’ not’ curé est encore au lit.
-           Au lit ? A c’t’ heure ! lança Marguerite d’un ton de reproche.
Cette réplique déclencha une cascade de rires, surtout lorsque Marguerite ajouta, non sans une pointe d’ironie :
« I’ s’ paye du bon temps not’ curé !
-          C’est qui va pas très bien, précisa timidement le bedeau.
-          ça peut pas durer. ça arrive b’en trop souvent !
Et les femmes s’en retournèrent à leurs occupations, en maudissant le pauvre curé, ce qui, vous en conviendrez, n’était guère charitable de la part de ces pieuses personnes.

-=-=-=-=-=-

Du fond de son lit, Monsieur le curé, François Antoine Bertrand,  redoublait de prières afin de pouvoir à nouveau exercer son ministère. Mais, il se sentait si las, si misérable avec tous ses maux qui le clouaient sous sa maigre couverture, alors que ses ouailles l’attendaient. Ses ouailles ! Ses enfants,  à vrai dire, car ils les connaissaient tous pour leur avoir administré les sacrements de baptême, de mariage et avoir aidé leurs parents à passer le cap difficile de la vie à la mort.
Alors, vous comprenez, en cette période de Carême, alors que tous attendaient la célébration de Pâques, être cloué au lit, incapable de se lever !
Ah ! Il était loin le temps où jeune prêtre, il cheminait, même la nuit, par tous les temps, pour apporter un peu de réconfort à ceux qui le souhaitaient.


-=-=-=-=-=-


La maladie du curé et les mécontentements qu’elle entrainait vinrent, bien évidemment, aux oreilles du maire qui en parla à ses conseillers au cours de la séance du 9 avril 1837. Il était évident que ce n’était pas de leur compétence et qu’il valait mieux en informer l’évêché d’Evreux, qui était seul accrédité à remplacer, ou non, le desservant de la commune.

« Est-ce qu’il y aurait une place à l’hospice du Neubourg ? Questionna un des conseillers présents.

Le maire réfléchit un moment. Il n’avait jamais envisagé de renvoyer ainsi le curé de sa commune, tout simplement parce que, âgé et malade, il ne pouvait plus exercer sa mission.

« L’hospice, serait, en effet, une possibilité, rétorqua le maire, mais je pense que vous serez de mon avis, que nous ne pouvons envoyer notre curé à l’hospice. Depuis toutes ces années, qu’il est parmi nous, il ne serait que justice qu’il finisse ses jours dans la commune. Si bien évidemment, c’est son choix. »

Les avis étaient partagés, mais il fallait aussi prendre en compte l’avis des paroissiens qui étaient très attachés à leur vieux curé. Il y aurait toujours des paroissiens qui profiteraient de cette discorde pour prendre partie contre les élus.

Il fut donc proposé par le maire, et voté par le Conseil Municipal, de ne pas chasser le vieux curé du presbytère où  il logeait depuis des années, mais de lui proposer, si il le souhaitait, de garder son logement actuel en contrepartie d’un petit loyer dont le montant permettrait d’installer son remplaçant.


-=-=-=-=-=-


Le maire alla faire une visite au desservant qu’il trouva ratatiné dans un vieux fauteuil placé près de la cheminée où crépitait un bon feu de bois, les jambes couvertes d’un châle. Il lui trouva une mine affreuse. Le teint cireux du vieillard, les larges cernes entourant des yeux, les joues creusées ne présageaient rien de bon.
Le curé à la vue du maire sembla s’animer d’un peu de vie. Avec un sourire chaleureux, il proposa au premier magistrat de la commune de prendre une chaise et de s’asseoir près de lui.
Après quelques civilités d’usage et commentaires sur les problèmes que rencontraient certains habitants de la commune, le maire en vint à ce qui l’amenait présentement.

« A bientôt quatre-vingt ans, répondit le curé à la proposition du maire, où voulez-vous que j’aille ? A l’hospice, bien sûr, me direz-vous, beaucoup y vont ! Alors pourquoi pas moi ? Mais, si je peux rester dans ce logement, ce ne serait pas de refus. J’y ai passé tellement d’années ! »

Le pauvre homme de Dieu ne profita pas longtemps de cette retraite, sûrement bien méritée. Il n’eut pas non plus la joie de pouvoir assister à la messe de minuit de la Noël 1837, célébrée par son successeur. Pourtant, il aurait bien aimé. Cette fête avait toujours eu sa préférence. Tous ces chants de joie qui retentissaient dans son église pour célébrer la venue de l’enfant Jésus ! Même les hommes étaient présents cette nuit-là ! Un vrai moment de communion et de partage.

Non, le Dieu qu’il avait honoré et servi toute sa vie ne lui permit pas, car Il le rappela à lui, le 18 décembre 1837, à deux heures après midi.

François Antoine Bertrand, né le 4 novembre 1757 en la commune de Grandchain, Canton de Beaumesnil, fils de Louis Bertrand et de Suzanne Delanoé, curé de la paroisse de Marbeuf, venait de prendre quatre-vingt ans.
Le jour de son inhumation, tout le village était présent pour lui rendre un dernier hommage.



Délibération du conseil municipal

du 9 avril 1837.

lundi 16 octobre 2017

HISTOIRE DE RIRE - Voyage, voyage !

Voyage, voyage !


Deux personnes entrent dans un compartiment, sans fenêtre, qui a tout l’air d’une cabine spatiale et dans laquelle sont disposés, en rangs, plusieurs sièges.
Un jeune homme dégingandé, tatouages dans le cou, marchant au rythme de la musique diffusée par des écouteurs posés sur ses oreilles.
Une vieille dame très distinguée,  toute de noir vêtue, portant chapeau à voilette, un sac pendant à son avant-bras gauche et avançant lentement, appuyée sur une canne.
Une hôtesse, glamour, en tailleur rose bonbon, perchée sur des chaussures aux talons quasi- télescopiques, coiffée en chignon minutieusement tiré et arborant un sourire commercial gracieux, s’approche des deux passagers et les installe sur deux fauteuils contigus au premier rang. 
Le jeune homme se tourne vers la vieille dame et demande :
« Alors grand-mère, on cherche l’aventure ? »
-          Je rêvais de ce voyage depuis des années. C’est un cadeau de mes  enfants, répond la dame avec un charmant sourire.

Avec un peu de vantardise, afin de montrer sa maîtrise en toute circonstance, le jeune homme répond sur un « rythme rappeur » :
« Moi, je veux dépasser mes limites. Alors, j’y ai mis toutes mes économies.

L’hôtesse arrive, toujours perchée sur ses hauts talons quasi télescopiques. Elle  porte un plateau sur lequel se trouve deux verres emplis d’un liquide jaunâtre qu’elle propose aux deux voyageurs.

Une voix, via un haut-parleur, souhaite la bienvenue aux personnes présentes en ces termes :

« Bonjour ! Ici le commandant de bord qui vous parle. Bienvenue dans la capsule spatiale « Tout va bien rien à craindre » en partance pour Vénus. Nous allons amorcer le lancement. Nous vous demandons de bien vouloir boucler votre ceinture. »

L’hôtesse revient, tout sourire, afin de reprendre les verres vides, à présent, et vérifier que les ceintures ont bien été bouclées. Ensuite, elle se retire en tortillant du popotin.

Un bourdonnement se fait entendre et la cabine se met à vibrer doucement, puis de plus en plus fortement. Les deux voyageurs sentent de grandes vibrations.

Le jeune homme, yeux écarquillés, regarde autour de lui. Visiblement, il est pris d’une immense anxiété qui, peu à peu, se transforme en panique.
« C’est quoi ça ? s’exclame-t-il.

La vieille dame, d’un calme olympien, répond avec une implacable logique :
« Nous décollons, jeune homme. »

Devant l’état de son voisin qui a bien du mal à se maîtriser, la vieille dame relève sa voilette, ouvre son sac à main et en sort une petite boite à pilules qu’elle présente à son voisin, après l’avoir ouverte. Dedans de minuscules gélules vertes.
«  Tenez, prenez-en deux ! »

Le jeune homme avale des deux gélules conseillées et demande :
« Vous en avez pris avant d’embarquer ?
-          Moi ! s’exclame la dame. Mais non, je n’en ai pas besoin.

Mais, les médicaments, efficaces selon la vieille passagère, n’ont pas l’air d’avoir beaucoup d’effet sur le jeune homme dont les tremblements augmentent à l’unisson de la capsule spatiale, dans un tutti parfaitement orchestré.

Les vibrations, ainsi que les vrombissements s’apaisent, jusqu’à cesser totalement.

La même voix qu’avant le départ, via les mêmes haut-parleurs, annonce :
 « Ici, le commandant de bord qui vous parle. Nous venons « d’avénussir » sur la planète Vénus. Vous pouvez déboucler vos ceintures. Nous espérons que le voyage vous a plu. »

L’hôtesse, toujours haut perchée, toujours tortillant du popotin, s’approche avec toujours le même sourire gracieux-commercial.

Le jeune homme se lève. Il a l’air très mal en point. Ses dents claquent. Ses genoux s’entrechoquent. Il est secoué de tremblements nerveux.

La dame  âgée se lève également. Elle est en pleine forme ! Le sourire qui illumine son visage le prouve.

Etonné, le jeune homme tremblotant, claquetant, flagellant, la regarde, très étonné.
« Vous avez l’air d’être très en forme ? Ce voyage ne vous a pas  impressionnée ?

Haussant les épaules, la vielle personne, répond d’une voix douce :
« Mais pourquoi, jeune homme, me serais-je fait du souci ? Ce n’était qu’un voyage  dans un simulateur de vol. Un voyage virtuel, comme vous dites, vous les jeunes ! Alors, aucun risque !

Le jeune homme tombe sur son siège, la tête dans les mains. Il manque d’air. Il suffoque, toussote, crachote.
Visiblement, il n’a pas été à la hauteur !

L’hôtesse le ventile avec son plateau, ne sachant quoi faire d’autre pour calmer ce client bien impressionnable.

La dame âgée sort, lentement, appuyée sur sa canne. Ce qu’elle veut voir, maintenant, c’est la représentation de Vénus, un spectacle visuel proposé par l’agence de voyage, avant le voyage de retour.

jeudi 12 octobre 2017

Dodeliner...

Dodeliner.

Voilà un mot, tout en douceur, que l’on a envie de chantonner comme une berceuse.
Prononcez-le ce mot. Ressentez-le, plutôt.
Oui, ça y est ?
Alors, pas besoin de dictionnaire, car il évoque bien sa signification !

« Dodeliner » fut employé par Rabelais (1532), et nous devons à ce grand écrivain sa forme actuelle, car son talent par l’intermédiaire de sa plume, à modifier un verbe déjà existant : « dodiner » - balancer (1350) et qui avait pris, en 1489, le sens de bercer, choyer.

« Dodiner » possédait un autre sens, moins câlin celui-là, car on l’employait pour désigner le mouvement du balancier d’une horloge.
Le balancier dodine ou encore le dodinement (1923) du balancier.

Aujourd’hui, « dodeliner » s’emploie pour qualifier un mouvement du corps.
« Dodeliner de la tête », par exemple.

Mais encore ?
Une « dodine » est une sauce dont la préparation demande à être constamment tournée (1377).

Moi, je préfère le bercement et le chant de la berceuse que j’appelle aussi « dodelinette ». Un mot inventé au fil des naissances de mes petits, quand les berçant, je chantonnais « Dodo, dodelinette ! »......
Là, vous imaginez un enfant, suçant son pouce, dodeliné au son d’une dodelinette, alors que dans le salon, le balancier de l’horloge dodine dans un dodinement extrêmement régulier......

Attention !
Vos paupières sont lourdes..... Très lourdes.....
« Dodo, l’enfant do ! »

  Pour cette petite histoire autour d’un mot,
Je me suis aidée du
« Dictionnaire historique de la langue française » Le Robert



Histoire de village - Point le temps !

C’est qu’ j’ai point l’ temps !


« C’est-y pas possible ! Mais qu’est-ce tu fais là, té ? », s’exclama la femme Billon en sortant de chez elle. Elle n’eut aucune réponse. D’ailleurs, elle aurait été fort étonnée d’en avoir une.

Cette femme, bien embarrassée devant sa découverte, regarda de chaque côté du chemin, mais ne vit personne.

« Ça fait point mon affaire, ça ! poursuivit-elle. C’est qu’ j’ai à faire, moi ! »

Marie Céleste Lamboy, femme Billon, fit le tour de sa trouvaille, ne remarqua, sur elle, aucun signe distinctif, à part une tache au flanc qui ne permettait pas réellement de pouvoir identifier à qui elle appartenait.
Une seule personne était en capacité de régler le problème, aussi la femme déclara :

« J’ va voir le maire ! Mais, j’ peux point t’ laisser là, sur la route ! C’est qu’ tu vas  ben encore t’ sauver ! »

Alors, Marie Céleste tira, poussa avec toute son énergie,  pour faire entrer dans la cour de sa masure, l’animal qu’elle venait de découvrir, là, devant sa porte en ce soir de mai 1855.
Et ce ne fut pas une mince affaire, car l’animal qui venait de retrouver la liberté, en se sauvant de chez son propriétaire, ne souhaitait pas être de nouveau prisonnier.

D’un bon pas, car elle n’avait pas que cela à faire, Marie Céleste se dirigea vers la mairie.
«  J’ vens signaler, déclara-t-elle, sans perdre de temps, lorsqu’elle se trouva  face au maire,
Qui y a dans ma cour, un animal qu’est point à moi et que j’ voudrais point qu’on pense que j’ l’ai volé !
-          Alors, dans ce cas, pourquoi est-il chez vous cet animal ? demanda le maire.
-          Bah ! c’est que j’y ai mis, pardi ! répondit la femme, d’un ton plein d’évidence.
-          Pourquoi, l’avez-vous mis dans votre cour, si il n’était pas à vous ? s’enquit le maire qui s’impatientait un peu, ayant d’autres affaires à traiter, sans doute bien plus importantes.
-          Bah ! C’est qu’il était d’vant ma porte, quand j’suis sortie à six heures ! répondit encore la femme qui, elle aussi, s’impatientait devant les questions incessantes du maire, pensant qu’il ne faisait pas beaucoup d’efforts pour l’aider.
-          C’est quoi, comme animal ? poursuivit le maire.
-          Un porc.
-          Un porc ?
-          Bah oui ! un porc !
-          Et ce porc, il n’est pas à un de vos voisins ?
-          Ce s’rait l’ cas, j’ s’rai point là, pardi !
-          Oui, bien sûr. Et ce porc, il n’a aucun signe distinctif ?
-          Bah ! c’est un mâle. Tout propre avec ça et la peau bien blanche.
-          Oui, mais à part cela ?
-          Bah ! C’est qu’il a un’ tache noire au flanc gauche..... pis, deux marques rouges sur la croupe. J’ crois ben qu’ c’est tout !
-          C’est déjà un début de renseignement.

En ce lundi 20 mai 1855, à sept heures du soir, monsieur le maire prit la déposition de la femme Billon, mais avant de faire signer la déclarante, Il se transporta sur place afin de constater les faits.
«  C’est qui m’ croit, en plus ! pensa Marie Céleste sur le chemin. Faut qu’il aille voir.... et moi, va falloir que je r’tourne à la mairie, pour signer. Quelle affaire ! j’ai point qu’ ça à faire ! »


Dans la cour de la masure du couple Billon, le porc était bien là.
Quand le magistrat de la ville s’approcha de l’animal, celui-ci leva vers lui son groin humide, le scruta de ses petits yeux perçants, aux paupières ourlées de longs cils, en poussant des grognements.
Il s’agissait, en effet, d’un mâle portant les marques décrites par Marie Céleste.

Après ce constat, le maire déclara :
« Il faut savoir à qui il appartient. Je vais faire une enquête.  En attendant, pouvez-vous le garder dans votre cour ?
-          J’peux toujours, répondit la femme Billon d’un air embarrassé, mais qui va m’ payer la nourriture ?
-          Si nous retrouvons son propriétaire, c’est lui qui vous paiera. Dans le cas contraire, au bout d’un certain temps, on considérera que l’animal vous appartient.

Marie Céleste opina de la tête.  Elle réfléchissait, ne voulant pas donner une réponse trop hâtive, ne voulant pas trop s’engager. Mais, considérant que la perspective de devenir propriétaire de l’animal ne serait pas une mauvaise affaire, elle finit par déclarer :
« Alors, dans c’ cas !........

-=-=-=-=-=-=-

Le propriétaire fut-il retrouvé ?
Marie Céleste Lamboy, femme Billon, fut-elle indemnisée pour avoir fait « maison d’hôtes porcine » ?
« Maison d’hôtes porcines » !
Rassurez-vous, dans sa déposition, le maire nota très précisément, « mis en fourrière ».
Devint-elle propriétaire de l’animal, après l’avoir engraissé, un certain temps, celui nécessaire prescrit par la loi ?
Je suis au regret de ne pouvoir assouvir votre curiosité, (ni la mienne).
Mais gageons que l’aventure fit le tour de Marbeuf et que chacun vint voir l’animal et faire des commentaires.

Pauvre Marie Céleste qui dut accueillir tous ces curieux !

Je l’entends encorebougonner :
« C’est pas l’ tout, mais c’est qu’ j’ai point qu’ ça à faire, mé ! »

-=-=-=-=-=-=-


Texte écrit à partir d’une déclaration effectuée en mairie de Marbeuf et
trouvée dans les registres  des Conseils Municipaux de cette commune.

Marie Céleste Lamboy était originaire de Criquebeuf-la-campagne
où elle avait vu le jour, le 26 juillet 1808, et où elle avait épousé
Etienne Modeste Billon, le 23 février 1829.

Le marié était né à Marbeuf,  le 12 septembre 1803.

Tous deux vécurent à Marbeuf jusqu’à leur décès,
Etienne Modeste, le 6 octobre 1872,

et Marie Céleste, le 5 novembre 1892.

mardi 10 octobre 2017

Départ en vacances !



Dans une auto, un jour ensoleillé de juillet, une famille, après avoir chargé les bagages dans leur  voiture, part en vacances.
A l’avant, le père au volant.
A côté de lui, à la place du passager, la mère.
A l’arrière du véhicule, leurs deux enfants. Un garçon et une fille. Deux adolescents dans toute leur splendeur !
Il y a de nombreux kilomètres à parcourir et avec la chaleur, le trajet risque de sembler long à ces quatre vacanciers.
Heureux, le père se prend au jeu du commandant de bord et lance, théâtral, en bouclant sa ceinture

« Ici le commandant de bord qui vous parle. Nous sommes près au décollage. Parés ?
-          Parés ! répondent les trois passagers.
-          Ceintures bouclées ? demande le père.
-          Bouclées ! répondent, encore, les trois passagers.
-          En avant !

Clignotant. Regard dans les rétroviseurs. Desserrage du frein à main. Passage de la première vitesse.
C’est parti !

Après quelques kilomètres, la mère, un GPS dans les mains, cherche vainement le fonctionnement de l’engin.
« Ça fonctionne comment ce truc ? demande-t-elle au bout d’un moment, impuissante devant la complexité de l’appareil.
-          Donne, je sais moi ! répond le fils en tendant une main impatiente.

La mère obtempère. Il est vrai que son fils est plus en capacité de programmer le GPS. Les gosses et la technologie !..... Nettement mieux que les gosses et le collège !

« On va où ? demande le fils qui a besoin du nom du lieu d’arrivée pour la programmation.
-          Tourneville-tournenrond.

Après quelques instants, le temps de noter l’information, le fils informe sa mère que, l’appareil ne reconnaît pas le nom, puis ajoute d’un ton réprobateur :
« Ce doit être un bled paumé ! Ça va être chouette les vacances !

Le père, se voulant rassurant, et voulant calmer les esprits qui s’échauffent un peu, réplique :
« Laisse pour le moment, je connais la route. Je m’en occuperai quand nous ferons une halte. »

La voiture roule.
La température monte en degrés dans l’habitacle du véhicule.
La fille qui jusqu’à présent ne s’était pas manifestée, ôte les écouteurs de son portable et demande :
« On arrive quand ?
-          On vient juste de partir ! répond la mère qui commençait à somnoler. La chaleur, sans doute !

La fille souffle, remet les écouteurs et colle son front contre la vitre, l’air boudeur.
Le fils, lui, n’arrête pas de se tortiller. Visiblement, il a un souci !
« T’as pas prévu les toilettes dans ta caisse ?
-          Tu rigoles, déjà qu’il n’y a pas la clim ! On cuit là-dedans ! s’exclame sa sœur en soufflant de plus bel.

La mère suit la route. Soudain, elle s’écrie :
« Tu ne devais pas tourner à droite ?
-          T’inquiètes ! lui répond son mari, je connais la route !
-          Si tu la connais aussi bien que la dernière fois ......

Cette petite phrase, un tantinet assassine, agace le conducteur qui prend la mouche :
« Si tu veux,  tu peux prendre le volant...... »

Le fils, accoutumé aux querelles parentales, surtout lors des déplacements en voiture lance agacé :
« C’est reparti ! C’est toujours pareil ! Et en plus, on va  encore se retrouver perdus au milieu de nulle part. Y a pourtant un GPS !

En effet, c’est reparti !
« Vois ça avec ta mère.... si elle savait se servir du GPS ! rétorque le chauffeur, exaspéré.
-          Et voilà ça va encore me retomber dessus, grogne la mère. C’est toi qui as dit d’attendre parce que tu connaissais la route... soit disant !

Et c’est là que la fille en rajoute une couche en gémissant : « On arrive quand ? »
A laquelle question, son frère qui lui aussi trouve le voyage long, mais uniquement en raison de sa forte envie d’uriner, précise : « Tel que c’est parti, on sera à peine arrivés qu’il faudra déjà repartir ! »

Voyage sous haute tension !


Le conducteur met le clignotant. Cela s’entend aux « ploc - ploc - ploc » réguliers. La voiture s’engage sur une route secondaire qui devient de plus en plus impraticable pour devenir un chemin. Un chemin de terre. Un chemin avec des nids de poule.
Le véhicule cahote pour finir dans un champ boueux où il stoppe, les quatre roues embourbées dans une bouillasse inqualifiable.

Cul de sac. Terminus. Tout le monde descend !

Une aubaine pour le fils qui ouvre précipitamment la portière et détale comme un lapin en lançant : « Bon, au moins je vais pourvoir me soulager ! »

La fille, elle, demande d’un ton blasé : « On fait quoi maintenant ? »

Le « commandant de bord » est moins fier, à présent. Ce n’est plus le même enthousiasme qu’au moment du départ. Il fait le tour du véhicule pour constater les dégâts.
Hochant la tête, tout penaud, il conclut après examen minutieux de l’état de fait :
« Il va falloir appeler une dépanneuse pour nous sortir de ce bourbier ! »

La mère a bien compris. Elle prend son portable et tape un numéro d’urgence. Rien !
Regardant l’écran, d’une voix éteinte, elle murmure, complètement déconfite : « Impossible. Il n’y a pas de réseau ! »

A ce moment, de l’intérieur de la voiture, sort une voix douce et glamour conseillant :
« A la prochaine, tournez à droite.... tournez à droite ... tournez à droite..... »


Le GPS, peut-être ?