lundi 17 octobre 2016

HISTOIRE VRAIE N° 2



L’orchestre répétait. Tout devait être parfait. Le concert préparé n’était-il pas pour fêter l’anniversaire du Roi ?
Un homme dirigeait les musiciens, attentif, très attentif. Il se nommait Jean-Baptiste Lully. Sa réputation n’était plus à faire, certes, mais il tenait à la garder. La volonté du Roi, Louis XIV, était parole divine. Dans le royaume de France, il faisait la pluie et le beau temps. Sa volonté pouvait faire d’un de ses sujets le plus riche et le plus estimé en quelques secondes et ce même sujet pouvait l’instant d’après se retrouver enfermé dans un cachot jusqu’à la fin de sa vie.
L’oreille du maître captait toutes les imperfections, rien ne lui échappait.

Tout à coup, Lully explosa, entra dans une furie incontrôlable.

Un violoniste avait faire une fausse note. Quel scandale inqualifiable ! Et si cette fausse note était intervenue le lendemain et avait atteint l’oreille royale !

Sans hésiter un seul instant, ce chef intransigeant se dirigea vers le fautif et hurla :
" C'est toi, il n'y a pas cela dans ta partie."

Le pauvre violoniste ne bougea plus, tétanisé par la peur, car le maître était réputé pour ses violentes colères.

Hors de lui, saisissant le violon, Lully le leva et le rompit sur le dos de l’instrumentiste coupable d'avoir joué faux.

Personne dans l'orchestre ne dit mot, c'était à peine si on entendait respirer.

Lully avait souvent ce comportement coléreux et ce n’était pas la première fois qu'il brisait ainsi un instrument au cours d'une répétition.

La colère passée, la répétition achevée, il faisait appeler le violoniste, lui payait  au triple de sa valeur la perte de son instrument de travail, et, manière de s’excuser, invitait le pauvre homme à déjeuner dans la meilleure auberge.


Les luthiers de l’époque devaient beaucoup aimer Lully. Grâce à lui, leur chiffre d’affaires avait dû prospérer.

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Que devons-nous à Jean-Baptiste Lully ?

Avant l’arrivée de Lully comme musicien de la Chambre du Roi, le violon avait une très mauvaise réputation. Ce n’est pas pour rien qu’il reçut le surnom de crin-crin. Faire jouer ensemble plusieurs violons était impensable tant les sons qui sortaient de tous ces instruments étaient inaudibles, douloureux.
Lully fut le premier à mettre en place des « orchestres à cordes », travaillant la justesse des sons et également la mesure pour un ensemble parfait. Exigeant au plus haut point, il demandait un travail colossal et seuls les plus habiles instrumentistes avaient la possibilité d’être engagés.
Il fut donc celui qui réhabilita le violon, lui donnant la noblesse qu’il a aujourd’hui, alors qu’avant, tous s’entendaient à dire que les sons en étaient détestables.

Pour battre la mesure, Lully se servait d’une grosse canne avec laquelle  il battait les temps sur le seul.
Il fut le premier « batteur de mesure », celui qui, plusieurs années plus tard, sera appelé « chef d’orchestre », cet homme ou femme qui devant l’orchestre dirige pour que tous soient ensemble et respectent les mêmes nuances, la même interprétation d’un morceau de musique.



Ce jour-là, le roi n’était pas présent. Cloué au lit, la santé du monarque inquiétait la cour. Cet homme n’allait-il pas rendre l’âme très rapidement ?

Lully se mit à composer un « Te Deum ». Il dirigea cette musique, prière pour la guérison du Roi, quelques jours après dans le recueillement de la noble assistance en l’église des Feuillants de la rue Saint-Honoré de Paris.
La musique bien que solennelle avait des sonorités majestueuses enflées par l'acoustique du saint lieu.

Tous les regards des musiciens de l'orchestre étaient rivés sur leur "chef". Lully dirigea, comme à son habitude,  avec fougue et précision.

Dans le feu de l'action, enveloppé par la musique qui le transportait bien au-delà de cette église et absorbé par la direction précise de son orchestre, la canne, dans un geste maladroit du maître, s'abattit sur le pied de celui-ci.

Une horrible douleur lui monta dans la jambe, mais il poursuivit la direction de l’ouvre jusqu’à la dernière note.

La plaie que Lully s’était infligée, par maladresse, n'était pas belle. On transporta alors le maestro dans ses appartements et son médecin, demandé d'urgence, se rendit au chevet de l'illustre malade sans tarder.

Lully fut obligé de garder le lit, incapable de se tenir debout.
La plaie s'infecta, la gangrène attaqua le pauvre pied et notre grand musicien mourut quelques jours plus tard, le 22 mars 1687.


Triste fin en vérité pour cet homme à qui nous devons la création de la direction d'orchestre.

Quelle ironie du sort, car la dernière œuvre qu'il dirigea était une prière pour sauver le roi d'une mauvaise maladie. Dieu écouta cette prière, mais d'une oreille peu attentive, car il sauva le roi, certes, mais en rappelant Lully à lui.

Faute d'attention fatale, pour le pauvre musicien.

Est-ce pour cette raison que les chefs d’orchestre ont abandonné la « canne » pour la « baguette », moins dangereuse, sauf si on se la met dans l’œil, bien sûr ?



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Lully ne doit pas sa renommée à son seul talent, car bien que génie incontesté, il intrigua toute sa vie par ambition et n'hésita pas à faire emprisonner ses rivaux pour les éclipser à la cour et dans le cœur du Roi.

Fils d'un meunier florentin, doué de musique, pratiquant la guitare, le Duc de Guise le remarqua lors d'un de ses passages à Florence et ce ne fut qu'en simple page qu'il entra au service de la Duchesse de Montpensier. De là, il accéda à la Maison du Roi.

Son génie résida surtout à concilier l’exubérance italienne à la rigueur de la musique française à cette époque.



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Lully laisse derrière lui une œuvre considérable. Il collabora également à la création de ballets, très en vogue à la Cour du Roi Soleil qui grand danseur aimait être le point de mire sur scène, brillant comme l’or, lumineux comme « le soleil ».

Lully travailla aussi avec Molière, composant notamment la musique du « Bourgeois Gentilhomme ».

Un grand parmi les grands que l’on n’est pas prêts à oublier.


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