mercredi 18 janvier 2017

DE L'ANGE....... AU DEMON - Chapitre 2

En ce 6 décembre 1851, dans la salle d’audience de la  cour d’assises de Rennes, comble en raison de l’importance des crimes jugés, chacun espérait, en plus des frissons occasionnés par les révélations des faits, connaitre les raisons de tous ces crimes.
La vie de cette femme fut étalée dans ces moindres détails.


Ville de Bubry - Morbihan

Hélène Jégado, âgée de sept ans, fut placée chez M. Riallant, curé de Bubry. Ses tantes travaillaient à cet endroit depuis plusieurs années. Elles avaient pris la petite fille, en « apprentissage ». Elle resta à la même place plus de vingt années.


Ville de Guern – Morbihan.

Hélène entra, au début de l’été 1833, au service du curé de la paroisse de Guern. Elle venait remplacer sa sœur, Anne, qui avait trouvé une autre place.
Au presbytère, le feu prit au lit de M. le recteur..... et puis, ce fut l’hécatombe. 
Sept personnes moururent entre le 28 juin et le 3 octobre.

Acte de décès – 28 juin 1833 – Joseph le Drogo, père du curé.
L’an mil huit cent trente trois le vingt huit du mois de juin à une heure après midi par devant nous.... sont comparus Yves Lindevat age de quarante sept ans cultivateur domicilié au village de Tirié en commune de Guern qui nous a dit  être du défunt, gendre, et yves andré age de trente ans menuisier domicilié au village du predigo commune de Guern qui nous a dit être du defunt, ami et voisin, lesquels nous ont déclaré que ce jour à midi Joseph Le drogo agé de soixante sept ans domicilié au bourg de Guern, propriétaire époux de Guillemette Eveno et fils de feu jean et Jeanne le Bourhise, né à Guern est décédé......

Acte de décès – 4 juillet 1833 – Guillemette Eveno, épouse Le Drogo.
L’an mil huit cent trente trois le cinq du mois de juillet six heures du matin sont comparus yves Lindevat agé de quarante sept ans cultivateur demeurant au village de tirie en commune de Guern qui nous a dit etre de la defunte, gendre, et yves andré age de trente ans menuisier domicilié au Bourg communal de Guern lequel nous a dit être de la defunte ami et voisin, lesquels nous ont déclaré que hier a dix heures du soir Guillemette Eveno agé de soixante cinq ans menagere domiciliée au Bourg communal de Guern veuve de joseph Le Drogo fille de Edouard et jeanne Le Pen décédés née a Guern est decedée......

Acte de décès – 17 juillet 1833 – Marie Louise Lindevat, sept ans, nièce du curé.
L’an mil huit cent trente trois le dix sept juillet à six heures du soir par devant nous.... sont comparus Yves Lindevat age de quarante sept ans cultivateur domicilié au village de tirie en commune de Guern qui nous a dit être de la defunte, père, et yves andré age de trente ans menuisier domicilié au bourg communal de Guern qui nous a dit être de la defunte, ami et voisin lesquels nous ont declaré que ce jour à cinq heures après midi, marie Louise Linderat, agée de sept ans domiciliée au Bourg de Guern fille de Yves et de Louise Le Drogo née à Guern est decedée......

Acte de décès – 23 août 1833 – Marguerite André, domestique.
L’an mil huit cent trente trois le vingt trois août a trois heures du soir par devant nous.... sont comparus yves andré agé de soixante cinq ans maçon domicilié au village de Locrio commune de Guern qui nous a dit être de la defunte, père, et Joseph dilhuit agé de soixante ans journalier domicilié au village de Crihec commune de Guern qui nous a dit être de la defunte, Beau frère, lesquels nous ont déclaré que hier au soir à onze heures marguerite andré agée de trente trois ans domestique domiciliee au Bourg communal de Guern fille de yves et de Louise Lecadre née à Guern est decedée......

Acte de décès – 28 septembre 1833 – Françoise Auffret, domestique.
L’an mil huit cent trente trois le deux octobre a dix heures du matin, par devant nous .... sont comparus mathurin Lemarholec agé de trente huit ans journalier domicilié au Bourg communal de Guern et Jean Auffret agé de cinquante cinq ans tisserand domicilié à Dieury qui nous a dit être de la defunte, frère, lesquels nous ont déclaré que ce jour a deux heures du matin françoise auffray menagere agé de quarante quatre ans domicilié au Bourg communal de Guern epouse du sieur Mathurin Lemarholec fille de alexandre et de magdeleine Riour née à Dieury est decedée....

Acte de décès – 28 septembre 1833 – Joseph Le Drogo, curé.
L’an mil huit cent trente trois le vingt huit septembre à dix heures du matin par devant nous..... sont comparus Yves Lindevat cultivateur age de quarante sept ans domicilie au village de Tirie en commune de Guern qui nous a dit etre du defunt, Beau frère, et yves andré menuisier age de trente ans domicilié au bourg commune de Guern qui nous a dit être du defunt ami et voisin lesquels nous ont declaré que ce jour a une heure du matin Messire joseph Le Drogo au bourg communal de Guern, fils de feus joseph et Guillemette Eveno né a Guern est decedé......

Anne, face au nombre de malades, revint au presbytère afin d’aider sa sœur à les soigner.
Elle devait succomber, elle aussi.

Acte de décès -  7 octobre 1833 - Anne Jegado, sœur d’Hélène.
L’an mil huit cent trente trois le trois octobre à six heures du matin par devant nous..... sont comparus yves andré âgé de trente ans menuisier domicilié au bourg communal de guern qui nous a dit être du defunt ami et voisin et Louis Le Cau age de vingt huit ans organiste domicilié au bourg de guern qui nous a dit être du defunt ami et voisin lesquels nous ont declaré que ce jour a une heure du matin anne Jegado age de quarante et un ans domestique domicilié au Bourg de Guern fille de Jean et de anne Liscouet né à Plouhinec est décedée.......

Hélène décréta que la forte émotion que le feu avait produit sur les habitants du lieu était la cause de leur décès.
Quant au  médecin, il diagnostiqua, une attaque de Choléra Morbus. En effet, des taches violacées recouvraient le corps des défunts. Et, de plus une épidémie avait décimé la population quelques mois plus tôt.

Joseph Le Calm, maire de Guern, vint témoigner à la barre, au procès de « la Jegado », comme on disait.
«  Je fréquentais le presbytère et j’aimais la compagnie du recteur de Guern. Quand Hélène était servante chez Mr Le Drogo, six personnes décédèrent, dont la sœur de l’accusée. Hélène témoigna la plus vive douleur après chaque décès. L’autopsie de Monsieur Le Drogo, faite par Monsieur Martel, révéla une inflammation considérable dans la région de l’estomac. »

Monsieur Martel, pharmacien à Guern, confirmation les propos du maire :
«  J’ai vu les substances vomies par Monsieur Le Drogo. Elles étaient bleuâtres ».

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Ville de Bubry – Morbihan.

Hélène, réputée pour être une bonne cuisinière, ne tarda pas à retrouver du travail au presbytère de Bubry, au service du Père Lhoro, recteur de la paroisse.
Là encore, la mort frappa !

Acte de décès – 20 janvier 1834 – Bubry - Marie Jeanne Lescouet, tante d’Hélène.
L’an mil huit cent trente quatre le vingt et un janvier à dix heures du matin par devant nous...... se sont présentés Joseph Le Danvic agé de vingt trois ans et Joseph Grandvalet agé de trente sept ans laboureur demeurant au Bourg de Bubry. Les deux non parents à la decedée – Les quels conformement à la certitude par nous acquise du present decés nous ont declaré que hier soir à dix heures est decedée chez Monsieur Lorho recteur demeurant au bourg de Bubry Marie Jeanne Lescouet agée de soixante six ans celibataire fille de feux jean et de marie le Port dont acte sous notre seing et celui du sieur Le Danvic, ledit Grandvalet ayant affirmé ne savoir signer....

Acte de décès -  18 avril 1834  -   Jeanne Marie Perrine Lorho, trente-quatre ans, nièce du curé.
L’an mil huit cent trente quatre le dix huit avril à huit heures du matin par devant nous .... se sont presentés joseph le Danric agé de vingt trois ans laboureur demeurant au bourg de Bubry et joseph Grand Valet age de trente sept ans laboureur demeurant au Bourg de Bubry, les deux non parents de la décédée, Lesquels conformement à la certitude par nous acquise du present decés nous ont declaré que ce matin à trois heures est decedée en sa demeure au presbytere de Bubry Jeanne Marie Perrine Lorho agée de trente quatre ans celibataire native de Sarzeau fille de feu Jean et de perrine le Ridant......

Acte de décès -   6 mai 1834 – jeanne marie Kerfontain, vingt  ans, nièce du curé.
L’an mil huit cent trente quatre le sept mai à neuf heures du matin par devant nous...... se sont presentés joseph le Danric agé de vingt trois ans laboureur demeurant au bourg de Bubry et joseph Grand Valet age de trente sept ans laboureur demeurant au Bourg de Bubry, les deux non parents de la décédée, Lesquels conformement à la certitude par nous acquise du present decés nous ont declaré qu’hier soir à huit heures est decedée au presbytere de Bubry chez monsieur Lorho recteur Jeanne marie Kerfontain agée de vingt ans native de Sarzeau fille de feus Joseph marie michel et de marie vincente Lorho célibataire .....

Si le recteur Lhoro avait lui aussi était malade par les « bons soins » d’Hélène, aucun acte de décès à son nom dans les actes de la commune de Bubry.

Un témoin vint déposer. Il se nommait Grandvalet et était sacristain à Bubry. Ne parlant que le breton du Morbihan, la Justice alla quérir un interprète en la personne de Monsieur Penbennic, surveillant général au Lycée de Rennes. Celui-ci prêta le serment  de ne révéler que ce que le témoin dirait, sans aucune interprétation de son cru.
Voici ce que dit Grandvallet :
« Je m’ rappelle avoir enterré, y a dix-huit ou dix-neuf ans, la tante de l’accusée, la sœur et la nièce du recteur, en très peu de temps. L’accusée confectionnait des tisanes diverses.... »


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Ville de  Locminé – Morbihan.

Locminé fut l’étape suivante. Dans cette ville, Hélène entra au service de Marie Rivière, veuve Le Boucher. Quatre jours après, celle-ci, ainsi que sa fille, Marie Perrine, décédèrent. La mort se cachait dans la soupe aux herbes préparée par Hélène qui se montra fort dévouée au chevet des malades, jusqu’à leur décès.
Pierre Leboucher, le frère de Marie Perrine, âgé de neuf ans, fut malade lui aussi, mais refusa les soins d’Hélène. Ce refus lui sauva la vie.

Acte de décès – 28 décembre 1834 – Marie Rivière.
L’an mil huit cent trente quatre le vingt huit du mois de décembre à dix heures du matin par devant nous .... sont comparus Yves Le Delezir agé de vingt huit ans, Cloutier, et vincent Le Cerf agé de soixante ans perruquier, les deux domiciliés en cette ville, le premier beau fils et le second cousin de la decedée ; lesquels nous ont declaré que ce jour à neuf heures du matin marie Rivière agee de cinquante deux ans native de plumelin marchande fruitiere fille de feus melaine riviere et de jeanne grand valet et veuve de Jean Colomban Le Boucher est decedée le dit jour en son domicile situe rue du fil en cette ville.......

Acte de décès – 8 janvier 1835 – Marie Perrine Le Boucher, quinze ans.
L’an mil huit cent trente cinq le huit du mois de janvier à deux heures du soir par devant nous .... sont comparus Yves Le Delezir agé de vingt huit ans, Cloutier, et vincent Le Cerf agé de soixante ans perruquier les deux domiciliés en cette ville, le premier beau frère et le second cousin de la decedée lesquels nous ont declaré que ce jour à cinq heures du matin marie perrine Leboucher agée de quinze ans native de cette ville lingere, fille de feus jean Colomban Le Boucher et marie riviere est decedée ce dit jour en son domicile situé rue du fil en cette ville............

Si l’époux de Marie Rivière était décédé, ce n’était pas des œuvres de la demoiselle Jégado, car il rendit son dernier soupir au début de l’année 1830. En voici la preuve :

Acte de décès – 25 février 1830 – Jean Colomban Le Boucher.
L’an mil huit cent trente le vingt cinq du mois de février a neuf heures du matin par devant nous....sont comparus jean Pierre Le Boucher age de cinquante un ans, tanneur et jean félix Borreaux age de trente deux ans secretaire de la mairie, les deux demeurant séparement en cette ville, le premier frere et le second voisin du decedé ; lesquels nous ont déclaré que ce jour à cinq heures du matin Jean Colomban Le Boucher agé de quarante six ans natif de cette ville, perruquier, fils de feus pierre le Boucher et de Elizabeth nevoux et epoux de marie riviere est decedé ce dit jour en sa demeure située rue du fil en cette ville ......

Jean Colomban Le Boucher et Marie Rivière s’étaient unis le  19 janvier 1808 à Locminé.

Hélène quitta sa place. Comme à chaque fois, elle se lamentait, disant :
« Je crains d’être acquise par la rumeur publique de toutes ces morts. Partout où je vais, la mort me suit. »

Elle se disait maudite et que la mort s’était accrochée à ses pas.
Et pour cause, la mort, c’était elle.
L’Ankou et sa faux montée à l’envers, c’était elle.

Après le départ d’Hélène, il fut retrouvé des substances qui paraissaient être du Kermès minéral, du safran et une poudre blanche, environ dix grammes.


Ville de Locminé

La mort suivit Hélène dans sa nouvelle place, toujours dans la ville de Locminé.


Lorsque la veuve Lorcy (on trouve aussi Torcy comme orthographe du nom) tomba malade, sa nièce, Madame veuve Cadic vint à son chevet.
Monsieur Toursaint, médecin à Locminé, fut appelé car les vomissements, accompagnés de diarrhées et de violentes coliques duraient depuis trois jours. Le médecin, loin de penser à un empoisonnement, et pourquoi y aurait-il pensé, diagnostiqua une affection du pylore.
La pauvre femme décéda le 28 décembre 1834.

Acte de décès – décembre 1834 – Suzanne Le Roch veuve Lorcy.
L’an mil huit cent trente quatre le trente du mois de decembre à trois heures du soir par devant nous.... sont comparus mathurin gouriadec age de soixante huit ans tanneur et pierre le bouhellec age de trente huit ans cordonnier les deux domiciliés en cette ville et cousin de la decedée, lesquels nous ont declaré que ce jour à huit heures du matin, suzanne Le Roch agee de quarante neuf ans native de cette ville marchande caffetiere fille de feus joseph Le Roch et de suzanne Guyot et veuve de marc Lorcy est decedé ce dit jour en son domicile situé rue des roues en  cette ville.........


Ville de Locminé

Hélène Jégado retrouva vite un emploi dans le foyer de la famille Toursaint, en mai 1835, où elle poursuivit son action destructive, en toute impunité car, même si le docteur Toursaint n’était pas sans ignorer les décès survenus dans la commune de Locminé dans les lieux, précisément, où avait exercé sa nouvelle cuisinière, jamais il n’eut de doute vis-à-vis d’elle.

Hélène avait-elle l’apparence de la parfaite innocente ? Celle sur qui les soupçons ne pouvaient peser ?
Pourtant, en peu de temps, quatre décès au domicile même du docteur.

Acte de décès – 12 juin 1835 – Anne Marie Perrine Eveno, domestique.
L’an mil huit cent trente cinq le douze du mois de juin à quatre heures du soir par devant nous.... sont comparus pierre augustin Eveno age de cinquante cinq ans cordonnier et armel Eveno age de vingt neuf ans patissier, les deux domicilies en cette ville, le premier père et le second frere de la decedée lesquels  nous ont declaré que ce  jour a huit heures du matin anne marie perrine Eveno agee de vingt cinq ans native de cette ville, Domestique, fille du dit pierre augustin Eveno et de jeanne marie Rouillé est decedée ce dit jour au domicile de monsieur Charles Nicolas Toursaint adjoint de la mairie située rue des Rouës en cette ville......

Acte de décès – 5 juillet 1835 – Charles Nicolas Toursaint, père du docteur Toursaint.
L’an mil huit cent trente cinq le cinq du mois de juillet a dix heures du matin par devant nous ..... sont comparus Victor Louis de Brossard age de trente un ans et alphonse Debroise agé de vingt cinq ans les deux proprietaires domicilies en cette ville et neveux du decedé lesquels nous ont declaré que ce jour a quatre heures du matin Mr Charles nicolas Toursaint age de soixante cinq ans, natif de Paris negociant et adjoint au maire de cette ville fils de feu charles Nicolas Toursaint et de felicité ferrete et epoux de dame marie Celeste Debroise est decedé ce dit jour en son domicile situé rue des Rouës en cette ville ......

Acte de décès – Julie Marie Toursaint, sœur du docteur Toursaint.
L’an mil huit cent trente cinq le vingt un du mois de juillet à cinq heures du soir par devant nous.....  sont comparus victor louis de Brossard age de trente un ans, proprietaire et frederic Julien Borreaux agé de trente six ans menuisier les deux domicilies en cette ville, le premier cousin germain et le second voisin de la decedée lesquels nous ont declaré que ce jour à deux heures du soir Melle Julie marie Toursaint agee de vingt cinq ans, proprietaire native de cette ville fille de feu Mr Charles Nicolas Toursaint et de Dame marie Céleste Debroise est decedée ce dit jour au domicile de sa mere situé rue des rouës en cette ville........

Acte de décès -  Marie Céleste Debroise, veuve Toursaint, mère du docteur Toursaint.
L’an mil huit cent trente cinq le trente et un du mois d’août à cinq heures du soir par devant nous...... sont comparus pierre Charles Toursaint age de trente trois ans, docteur medecin et jean felix borreaux age de trente sept ans secretaire de la mairie, les deux domicilies en cette ville, le premier fils et le second voisin de la decedée lesquels nous ont declaré que ce jour à trois heures du soir madame marie celeste Debroise agee de soixante quatre ans native de cette ville epiciere  fille de feu pierre jean Debroise et de Louise marie richard et epouse de feu Charles nicolas Toursaint  est decedée ce dit jour en son domicile situé rue des roues en cette ville........


Monsieur Houssin, médecin à Josselin fut appelé par Monsieur Toursaint pour l’assister au chevet de sa sœur. La mort de celle-ci fut foudroyante, mais il n’avait, à aucun moment, pensé à un empoisonnement.

Madame La Motte qui prêta serment à la barre lors du procès d’Hélène  dit avoir goûté le bouillon préparé pour la demoiselle Julie Marie Toursaint par Hélène. Ce breuvage avait un goût très amer, elle ne put l’avaler et le recracha.

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Hélène était pieuse. Elle se rendait régulièrement à l’église.
Confessait-elle ses crimes, ceux que lui inspirait l’Ankou, avec qui elle parlait, la nuit, seule dans sa chambre ?
En vieillissant, elle était devenue moins coquette. On la disait même malpropre. On disait qu’elle avait un faible pour « la bouteille », voire « le tonneau », et qu’elle se servait souvent dans les caves des gens qu’elle servait.

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Ville de Auray – Hélène au couvent.

La commune d’Auray possédait un couvent.
Ce couvent avait été fondé par des Sœurs Franciscaines au début du XVIIème siècle sur un terrain près des douves ouest de l’ancien château. En ce lieu austère, les soeurs s’occupaient de l’éducation de jeunes filles.
Octobre 1792, les sœurs furent chassées. Celles qui résistèrent furent emprisonnées.
En 1807, le curé d’Auray, avec le soutien de Madame Molé, fit rouvrir le couvent pour y installer les Sœurs de la Charité de Saint-Louis. Les sœurs ouvrirent un atelier et une école, l’année suivante.
Ce fut dans la chapelle du Père Eternel, que la Congrégation des frères de Ploërmel fut fondée en 1820. Une cinquantaine de frères y prononcèrent leurs vœux.

Courant 1835, Hélène fut embauchée dans ce  couvent du « Père Eternel » à Auray.

Elle qui souhaitait occuper l’emploi de cuisinière ne fut employée que comme femme à tout faire. La rage la prit à ce refus.
Que fit-elle alors ?
Je vous le donne en mille !!

Comme le témoignèrent Sœur Anatasia et Perrine Bardouin, Hèlene eut un comportement inadmissible.
Elle s’amusa à découper les vêtements de nonnes, ainsi que draps et torchons......  De la charpie !
Elle vida les seaux de nuit, et même ceux de jour, dans l’harmonium.... Quelle odeur !
Elle se vengea en buvant, à plus soif, le vin de messe....... Quelle descente !
Je peux vous affirmer qu’elle ne resta pas éternellement au couvent du Père Eternel !

Chassée, et il y avait de quoi, avec perte et fracas ! Oust !!  Dehors !!!

Hélène, elle, affirma que si elle avait quitté le couvent c’était en raison de son âge. Elle fut considérée trop âgée pour apprendre à lire et à écrire.

Malgré tout, grâce aux sœurs, elle retrouva à se placer chez dame Anne Corvec (ou encore Le Corvec), le 3 décembre 1835. Dame Corvec aurait mieux fait de s’abstenir, car deux jours plus tard, elle gisait sur son lit, l’Ankou étant passé la faucher.

Acte de décès – 5 décembre 1835 – Anne Corvec.
L’an mil huit cent trente cinq le cinq décembre à trois heures et demi du soir, par devant nous commune d’auray...... sont comparus Bayon pierre, perruquier, age de quarante neuf ans et louis François Proux, agé de quarante trois ans cordonnier, les deux non parents de la defunte demeurant à aunay lesquels nous ont declaré que Corvec anne agee de soixante dix ans marchande, demeurant a auray née à Plomel, morbihan, fille de feu Corvec mathurin et jeanne guillaume son épouse est decedée ce jour cinq decembre a trois heures du soir en cette ville, en sa demeure, rue du belzic   n° 162 où nous nous sommes transportés pour nous en assurer......

Hélène partit le jour de l’enterrement, en disant, l’air atterré :
« Ah ! Je porte malheur ; les maîtres meurent partout où je vais ! »

Marie Louise Gallo, nièce de la défunte, affirma qu’Hélène se vantait de savoir faire une soupe aux herbes. Ce fut après avoir mangé cette soupe d’herbes et d’oseille que sa tante eut des malaises.
 « Elle devint toute noire, dit Marie Louise Gallo au juge. Elle fut prise de convulsions et mourut en quarante-huit heure »
Nicole Le Pérédic qui soigna, également, Anne Corvec, crut que celle-ci avait le choléra. Les mains de la mourante étaient toute bleues.
Louise Clocher, amie de la défunte, témoigna que le médecin lui avait dit que ce n’était qu’une indigestion.
Foudroyante l’indigestion !

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Ville de Plumeret -

Marie Anne Le Fur, lingère à Plumeret, eut, elle, beaucoup de chance.
Se plaignant de fort maux de tête, Hélène lui prépara une tisane qui loin de l’apaiser lui procura des malaises.
Hélène quitta son service précipitamment.
Bon vent !
Une des amis de Marie Anne Le Fur lui avait dit :
« Vous êtes bien heureuse d’en être quitte à si bon marché, la fille Jegado est un monstre qui empoisonne. »

« De plus, avait précisé Anne Le Fur, ça jouait les dévote et ça fréquentait les militaires de la garnison ! »
A ce témoignage, Hélène s’était insurgée.
« Je n’ai jamais fréquenté de militaires. C’est une calomnie de plus ! »

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Ville de Auray –

Peu à peu, on commença à jaser. Trop de morts sur le chemin de la Jevago. On ne la soupçonnait pas vraiment, pas encore.... Mais, elle portait malheur, ça c’était certain. Alors, valait mieux ne pas la faire entrer en sa demeure.

Quelques jours après qu’Hélène soit entrée au service de la dame Hétel, le gendre de celle-ci, André Le Doré,  lors d’un repas, apprit par le curé vicaire d’Auray, Joseph Ollivant, qui se trouvait près de lui,  la manière dont la nouvelle servante de sa belle-mère s’était conduite au couvent, ainsi que les morts successives qui avait jalonné son service dans toutes les demeures où elle avait servi.
Quel palmarès, en effet !
Après ces révélations, André le Doré conseilla vivement à sa belle-mère, Madame Hetel,  de congédier au plus vite sa nouvelle cuisinière. La cuisinière fut licenciée sans délai. Hélas, pour la dame Hetel, elle avait déjà mangé le repas préparé juste avant le départ de son employée......

Acte de décès –  16 février 1836 - Jeanne Perrine Lecloirec, épouse Hetel.
L’an mil huit cent trente six le seize fevrier a trois heures du soir..... sont comparus Messieurs Querrel  Jean françois marie age de soixante ans marchand et Cauzique jean joseph ange marie suppléant du juge de paix, les deux non parent de la defunte demeurant séparement a auray lesquels nous ont declaré que Dame Jeanne Perrine Le Cloirec agee de soixante ans Epouse de Monsieur Louis marie hétel nee a Auray fille de feus Jacques hetel ** et Marie jacquette Camenen est decedée ce jour a une heure du soir rue du château en cette ville en sa demeure ....

** une erreur sur cet acte, le père de la défunte ne se nommait pas Jacques Hetel, mais Jacques Le Cloirec.

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